Anha S.L

With pretty stories for which there's little good evidence Sea of Tranquility tendrils of gossamer clouds decipherment courage of our questions.

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Synonymes : Les rêves à portée de main grâce à la puissance du langage et des mots.

@eikomania.me x Anha S.L

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Synonymes. Quel beau titre pour ce film qui prend tout son sens dès lors que nous entrons dans les premières minutes poignantes de ce métrage. Réalisé par Nadav Lapid et ressortant l'heureux gagnant de la Berlinale de 2019, Synonymes s'impose dans le paysage cinématographique français et international. Un brin Godarien, on peut se demander si son côté Nouvelle Vague a été la recette de son succès ovationné. La même année, énormément d'auto-fictions un peu caricaturales et un brin fantasmées sont sorties dans les salles obscures. On pense à La Femme de Mon Frère de Monia Chokri ou encore Douleur et Gloire de Pedro Almodovar qui, malgré leurs couleurs criardes et les émotions exacerbées qui brossent les portraits et les doubles de fiction de ces cinéastes, nous laissent sur notre faim. 

Le problème avec l'auto-fiction, c'est que l'on peut se planter et devenir un brin mégalo. Ici, dans ce long-métrage, – et le titre annonce d'ores et déjà le ton qui sera donné – la révolution, celle des mots (ou des maux) d'un cinéaste qui revient sur ses années difficiles passées dans un Paris boboïsé, est mise à l'honneur. Dans une Capitale où les rêves des provinciaux et des étrangers s'entrechoquent mais qui, finalement, disparaissent dans une fumée toxique remplie de négativité et de préjugés. 


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Paris, mon amour : Je t'aime, je t'aimais et je te détesterais. 

Ici, je n'aborde pas le sujet comme une critique traditionnelle. J'aimerais évoquer le fait qu'il est difficile de se faire une place au soleil dans cette industrie qui est le cinéma et que de vivre à Paris, en étant fauché comme les blés, est plus que compliqué. 

Dans une situation au contexte sanitaire controversé où les rêves sont noyés dans le gel hydro-alcoolique, tous les synonymes sont bons pour se réinventer, s'acclimater à la vie où la liberté est enchaînée et où la réussite sociale n'existe plus. 

Paris se meurt. Et cela ne date pas d'hier. On a tendance à idéaliser cet endroit qui est considéré comme la ville la plus belle du monde. Il y a Montmartre où on peut se lancer un jeu de pistes à la Amélie Poulain, Notre Dame en pleine reconstruction, la rue Rivoli, les bars parisiens rue de la roquette près de la Bastille, le plafond de Chagall à l'Opéra Garnier et les fantômes d'Edith Piaf et d'Alain Bashung qui dansent à minuit pétante au cimetière du Père La Chaise. Au delà de tous ces mythes, Paris n'a jamais été rose et la vie non plus. 

Dans Synonymes, on suit Yoav – interprété par l'excellent Tom Mercier –, un jeune israélien porté par ses rêves, qui désire ne plus prononcer un seul mot en hébreu. Son histoire commence lorsqu'il débarque à Paris avec un simple sac à dos et se retrouve seul, dans un appartement bourgeois Haussmannien totalement vide. Tout se gâte quand on lui vole ses ressources et son seul kit de survie. Heureusement qu'un couple de son âge – ici incarné par la douce Louise Chevillotte et le romantique Quentin Dolmaire – issu d'une classe sociale assez élevée – vient à son secours et lui offre un nouvel uniforme : – un manteau jaune moutarde, qui symbolise l'accoutrement d'un parisien distinct – afin que Yoav soit parfaitement intégré et qu'il puisse pratiquer la langue française pour se façonner un autre identité

Seulement, rien n'est gagné d'avance. Les provinciaux comme les "étrangers" qui viennent vivre dans un Paris abimé par la morosité, déchantent assez rapidement. On ne trouve pas de logement, la vie est plus que chère et les gens sont hostiles. 

Parfois, on est gagné par les sentiments de défaite et d'abandon. On se sent invisibles aux yeux des autres et on peine à affirmer nos idées. Pourtant, la volonté de s'intégrer, de connaître la culture, de contribuer à un monde meilleur sont des actions ancrées dans nos esprits avant de débouler dans la Grande Ville. 

Les bruits des klaxons nous assassinent, tout comme les mots et les mauvais regards, ceux qui, en l'occurence, nous déshabillent, trahissent les méprisants et les méprisables. Telle une arme puissante, cela nous met à terre. On nous vole nos histoires parce que l'on est considéré comme l'Étranger d'Albert Camus ainsi que notre corps pour se faire accepter. On nous dépouille de toutes nos richesses même les plus intimes. Pourtant, nous acceptons de monter dans ce 4x4 de la corruption parce qu'au final, comme Yoav, nous avons besoin d'être aimé. Et d'aimé en retour, évidemment. Ce bizutage boboïsé et 2.0 est fréquent mais tout ce qui nous tue pas, nous rend plus fort. 

Les gargouilles gardé par le bossu de Notre Dame le sait : Paris, nous t'aimons pour ton langage et ta riche culture mais cela devient un mythe tellement que ta Dame de Fer, nous est inaccessible. 

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Un chant lexical qui rythme les pulsations d'un coeur charbonneux : Un uppercut foudroyant.


Certains qualifieraient de film "coup de poing", d'autres se contenteraient de suivre les avis des uns des autres. Moi, je le qualifie de juste et d'injuste. Juste parce qu'il représente à la fois la difficulté de vivre dans un pays qui n'est pas le sien et injuste parce que la France, bien qu'elle prône l'ouverture d'esprit avec sa devise "Liberté, Égalité, Fraternité", n'est pas la mère porteuse d'une génération de rêveurs. 

J'entends par là, qu'elle n'aide pas les gens et ici, les jeunes, à s'insérer dans une société de plus en plus complexe. On galère à devoir se créer une véritable identité, à oublier notre drapeau et à en choisir un autre alors qu'au final, on nous enseigne que nous sommes tous égaux. Ce qui est totalement faux. 

Les classes sociales le montrent : pour certains l'argent n'est pas un problème, ils aident leur prochain parce qu'ils en ont les moyens. Mais dans le cas inverse, ça serait "chacun pour sa gueule" comme dirait l'autre. 

C'est un film qui me parle car il fait écho à ma propre expérience. On rêve de cinéma, d'apprentissage et de partage. On admire nos pairs en cachette et on rêve secrètement d'être plébiscité par ces derniers. Alors qu'au fond, une société élitiste aux moeurs bien enracinés nous empêche de dormir la nuit, à faire des petits boulots dans des bureaux et nous lave le cerveau, nettoie nos rêves pour que l'on ne devienne que des automates ultra normés et dictés par certains règles idiotes. 

C'est seulement la France et ses rayures tricolores qui imposent une seule et même consigne :


"Ne pas dessiner en dehors du cadre 
afin de ne pas mélanger les couleurs."


Nous naviguons de synonymes en synonymes pour pouvoir se fondre dans la masse, être acteur et actrice au sein d'une société qui est rythmée par des codes bien précis. À Paris, malgré la culture et l'histoire, qu'elle soit Napoléonnienne ou "Zidanesque", les maux et les mots se conjuguent entre eux. Parfois, cela ne suffit pas à défoncer cette porte en béton armé qui sépare malheureusement les êtres. 

Nous naissons poussière et nous redevenons poussière. En fait, nous oublions souvent cela. C'est que l'on ne choisit pas notre famille, notre physique et bien d'autres choses. On fait avec et on doit vivre avec cette carcasse qui est le corps. L'esprit accompagne l'âme pour développer un être à part entière. 

Les mots s'accélèrent et parfois ils sont gros. Tellement énormes que les gens ne nous comprennent plus et referment définitivement la porte derrière eux sans nous laisser un droit de réponse. On continue de errer dans les bars parisiens, à écouter la vieille bande son qui défile à une heure du mat' et on respire l'odeur infecte de la bière brune cramoisie, laissée sur les tables voisines. Et on se rend compte que l'on est riche que de nos histoires, de notre imagination, de nos créations et qu'au final, presque personne ne peut nous voler ce millésime de fantasmes. Le partage est essentiel dans la vie qu'il soit intellectuel ou matériel, cependant, si ce n'est qu'à sens unique alors autant garder ses idées pour soi et se contenter de noyer son chagrin dans l'alcool littéraire ou la poésie du Buveur d'Absinthe

Paris est un drapeau. Mais laisse peu de place pour que d'autres étoiles brillent et remplacent celles qui ont fait leur temps. Engloutis par des plats au coût minime et bien loin des délices proposés par le Plaza Athénée, la vie est plus qu'inaccessible. Il n'y a que ceux qui le veulent ou les rêveurs pugnaces qui peuvent y arriver malgré ce chemin parsemé de pointes piquantes.

L'art, la littérature, les rencontres : tout ce mélange fait que Paris est plus que passionnante. Seulement, la routine s'installe, notre voix s'éteint et nos envies s'effacent comme une aquarelle sous une pluie battante qui finit par geler notre âme déjà vendue aux puces de Saint-Ouen. 

Synonymes, c'est un uppercut et un hymne à la jeunesse, à la (r)évolution. Et comme on dit, l'amour, c'est comme du mercure dans la main. Garde-la ouverte, il te restera dans la paume. Resserre ton étreinte, il te filera entre les doigts. 

L'amour, l'amitié, les relations, le travail... Ce n'est au final, que du Mercure acide qui mange tous les synonymes pour ne laisser que quelques mots qui se battent en duel et qui range les gens dans des cases. C'est pourquoi, on préfère rentrer chez nous, le coeur ballant mais la fierté de s'être accompli dans une drôle de France qui sent déjà la vieille malbouffe et où les mentalités périmées et étriquées se heurtent pour mieux se détruire...

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