Anha S.L

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Michel Gondry : Faire du cinéma avec son usine de films amateurs, c'est possible.

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Michel Gondry est sûrement le cinéaste le plus polyvalent et le plus excitant du cinéma français. Batteur à ses heures perdues pour le groupe Oui-Oui dans sa jeunesse dorée, il a su se forger un nom dans cet Hexagone malade mais également outre-Atlantique, sur les Terres de l'oncle Sam. 

Rêveur hyperactif, "faiseur" de choses, bricoleur à l'imagination illimitée, il a commencé par faire des publicités puis des clips vidéos : Daft Punk (Around The World), Björk, Metronomy, The Chemical Brothers ... On ne compte plus les artistes qu'il a côtoyé et à qui, il a prêté sa patte singulière. Cet électron libre est revenu à ses bases et à la genèse de sa cinéphile grâce à son nouveau concept innovant et sa punchline directrice prônant l'égalité des chances : le cinéma pour tous. 

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🚀 Action ! : Le cinéma accessible à tous grâce à l'usine de films amateurs. 

Utilisant aussi bien son crayon de papier que son caméscope, c'est avec Eternal Sunshine of The Spotless Mind que Michel Gondry s'est fait une place dans le paysage cinématographique. L'Écume des jours – adaptation du chef d'oeuvre de Boris Vian – étant un gros projet avec un budget colossal et un casting 5 étoiles, son envie de revenir à un aspect plus "artisanal", moins lourd et moins contraignant, s'est dessinée comme à l'époque de sa comédie indépendante "The We and The I" qui a comme distribution, des acteurs non-professionnels. 

Son désir est si fort qu'il décide d'ouvrir une usine de films amateurs à Bruxelles pour permettre à des passionnés ainsi qu'à des néophytes de réaliser avec les moyens du bord – décors/matériel/costumes à disposition –, leur propre court-métrage.

Car pour le cinéaste, faire des films autrement, c'est possible. Kourtrajmé, le collectif du cinéaste Ladj Ly – récompensé au Festival de Cannes pour son film "Les Misérables" –, a mis en place une école gratuite dans la banlieue parisienne pour permettre à des jeunes de se former aux métiers de l'audiovisuel, encore bien trop élitistes et inaccessibles, et d'avoir la possibilité de mettre un pied à l'étrier. 

L'égalité des chances est compliqué dans cette industrie qui ne laisse que très peu de chances aux aficionados et aux cinéphiles. Soit on est spectateurs pour le restant de sa vie, soit on est propulsé sur le devant de la scène mais de façon plus ou moins éphémère. 

Faire un film, c'est au minimum 5 ans de sa vie. Et tout le monde sait qu'en 5 ans, il se peut que parfois, le long-métrage ne connaitra jamais l'odeur de la salle et le rire du public tout comme le vieux cigare du machiniste non-chalant qui huile allègrement ses rails de travelling. 

Du coup, quelles sont les alternatives pour pouvoir réaliser des films ? Il y en a pleins : 


☀️Les associations de cinéma (Ogfilms, Mille Visages...)

☀️Participer à des concours, faire partie d'un jury de cinéphiles ou faire son propre film amateur avec ses propres moyens (smartphones, logiciels pré-installés, déco et costumes déjà sur le portant...)

☀️Répondre à des annonces pour intégrer une équipe de tournage

☀️Faire des stages dans l'audiovisuel et participer à des sessions organisées dans les écoles de cinéma, l'été pour les séances "découvertes"


En bref, il n'y a pas que les écoles comme La Fémis ou Louis Lumière qui donnent la possibilité de réaliser des films. Être autodidacte, c'est le moyen de trouver des solutions et des alternatives. L'école, c'est bien, ça permet d'avoir des collègues, un certain réseau et des courts-métrages de fin d'études pour compléter un CV ou un portfolio. Mais être seul, c'est se démerder pour réaliser et toucher du doigt un rêve, avoir de l'expérience, façonner sa propre équipe sans être formaté et être davantage débrouillard sans forcément demander la validation du supérieur hiérarchique ou d'un producteur qui donne l'aval bureaucratique pour dire "Action"


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🗯 Le système D pour débrouille mais également pour désir : Gondry, un fétichiste de la Nouvelle Vague des années 60.

Parfois, on est contraints de renoncer à ses rêves, à son envie et à sa créativité à cause d'autres obligations, qu'elles soient de l'ordre familial ou pécuniaire. 

L'art est souvent associé au mot "précarité". Même si ce n'est pas totalement faux, enfouir ses rêves dans une boite au fond du jardin et la recouvrir avec un amas de terre n'est pas une solution. Puisqu'un jour, au moment de la fameuse crise de la quarantaine, vous allez déterrer cette boite à souvenirs, à scénario et à idées pour pouvoir puiser l'énergie positive que contient vos anciennes idées qui ne demandent, finalement, qu'à être exploitées. 

Récemment, Michel Gondry s'est replongé dans l'animation et a réalisé un mini court-métrage pour illustrer les paroles de "La Chanson de Prévert" du provocant mais émouvant, Serge Gainsbourg. Stop motion, création de décors minuscules et couleurs pastel, Gondry renoue avec ce qu'il aime le plus : fabriquer sans forcément demander l'autorisation d'une tierce personne

Plus besoin de grosses caméras comme la RED Scarlet ou l'Alexa qui est la petite préférée des chefs opérateurs français. Plus besoin de grosses productions, de contrats aux centaines de pages qui au final ne font que lister les courses du déjeuner, des acteurs et actrices qui ne sont pas toujours disponibles pour telle ou telle raison, l'équipe de tournage parfois dans les vapes et ainsi de suite. On a l'iPhone – Michel Gondry a déjà réalisé un petit court-métrage grâce à ce petit rectangle venu de Mars –, un micro Rhode, un ordi et surtout de l'imagination. 

L'animation offre une belle alternative : le projet ne dépend que de nous, de notre créativité et bien sûr de notre ordinateur qui, dès lors, n'a pas intérêt à nous lâcher pendant l'export final. La technologie fait avancer les choses : on peut faire bouger les choses grâce à elle. De plus, elle offre une certaine accessibilité à la création que ce soit de films, d'illustrations, de composition de musique... Mais le plus important ce n'est pas d'avoir le plus de matériel high tech à son compteur, c'est d'avoir une créativité à l'infini et surtout d'avoir quelque chose à raconter sous la main. 

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La Nouvelle Vague des années 60 a été un modèle qui a révolutionné la façon de faire et de voir des films : comédien.nes amateurs, décors déjà posés, costumes chinés chez des membres de l'équipe technique... On voit aujourd'hui à quel point, ce mouvement a changé le cinéma. Même si ce dernier a un modèle et un fonctionnement de production de plus en plus vieillissant et qui ne correspond peut-être plus aux attentes d'une Génération plus qu'équipée et créative, des cinéastes qui pour la plupart sont inconnus au bataillon, réussissent à faire des longs-métrages : on reprend l'exemple d'Anaïs Volpé (qui explique son cheminement dans l'émission "No Money, Big Dreams") et d'Élizabeth Vogler avec son "Paris est à Nous" qui a finalement été acheté par le géant du streaming Américain, Netflix. 

On peut croire que tous ces processus sont révolutionnaires alors qu'en réalité, ils servent uniquement à ce que tout le monde ait une chance de s'exprimer et de libérer ces histoires entassées depuis bien trop longtemps, à l'intérieur de leurs tripes. Et même si les rêves d'enfants ne sont plus aux goûts du jour, il y aura toujours cette odeur qui leur rappellera à quel point, c'était beau de penser en images


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