Palo Alto : Un teen-movie acidulé sous le regard de Gia Coppola.


L'adolescence est l'âge où l'on doute de tout ce qui est possible
et de rien de ce qui est impossible.


Gia Coppola, petite fille du grand Francis Ford Coppola, est passée derrière la caméra en 2014 pour réaliser son premier film. Elle navigue sur les traces de sa tante, Sophia, qui, avec Virgin Suicides, teen-movie devenu culte, a marqué un tournant dans sa carrière. C'est à 26 ans qu'elle se lance dans cette grande aventure de la réalisation cinématographique avec ce film tout doux mais acidulé quand on le laisse fondre longtemps dans la bouche. Gia a adapté le recueil de nouvelles de James Franco portant le même nom, Palo Alto. Ce livre retrace la jeunesse de ce dernier et on y retrouve les différents personnages à l'écran. Dans ce monde où tout part à la dérive, ces adolescents se prennent pour des adultes et les adultes pour des ados parfois attardés ou absents, comme s'ils revivaient leur jeunesse ou qu'ils n'avaient pas quitté leurs années lycée et leur royaume cruel. Avril, Teddy, Emily et Fred devraient vivre comme les autres adolescents de leur âge, mais ce n'est pas le cas et bien souvent, nous ne vivons pas dans l'insouciance, mais plutôt dans une certaine violence tant verbale, morale que physique. Le lycée est une période assez charnière dans la construction d'une vie. C'est un véritable laboratoire des sentiments où l'on peut faire nos premières expériences plus ou moins réussies. On veut s'élever en société en commençant par gommer nos traits de personnalité pour mimer celles ou ceux qui vont nous accepter dans leur clan. Pour les plus chanceux, ils deviennent populaires mais sont exposés plus facilement aux moqueries ou aux rumeurs pour les faire tomber. Pour les autres, les invisibles, je dirais que l'on connait également ces sentences-là, mais, au final, nous n'avons rien à perdre, ni même à gagner. Gia brosse un parfait portrait de la jeunesse des années 2010 qui est confrontée aux dérives comme l'alcool, le sexe, la drogue, la violence parfois. Ce qui me frappe dans tous les films que j'ai pu voir ces derniers temps, c'est que les gens ne savent plus aimer, ni même communiquer entre eux. On se laisse avoir facilement par les réseaux sociaux et l'amitié 2.0 et l'on oublie même nos propres valeurs. Pourquoi vouloir changer de regard sur nous-mêmes ? Et à travers quels yeux paraissons-nous le plus beau ou la plus jolie ?


À cette époque, les amitiés se font rares, elle sont éphémères et respirent le vice et l'ennui. Combien de fois, j'ai pu voir à quel point, les gens se sentaient seuls, isolés dans la cour de récré ? Combien de fois, ai-je pu avoir ce sentiment de ne pas être à ma place et d'être considéré comme une moins que rien ? On te donne une étiquette et on te met une pression pour ne pas décevoir les autres et les gens qui t'entourent pendant trois longues années. La solitude nous ramène à nos fantasmes, à une sorte d'échappatoire pour oublier le présent et rêver un peu mieux. Sortir de ce monde où il fait sombre tout le temps. Même les soirées ont un goût de déjà-vu : on y va pour 9 heures du soir, on boit, on fume une première cigarette pour faire comme tout le monde et à moitié ivre, on regarde les autres qui s'embrassent fougueusement et qui ne savent même plus danser un slow correctement. D'autres lancent des paris et parfois, cela se termine mal. On ajoute des étiquettes pour pouvoir les coller sur les murs et les statuts Facebook et collecter un maximum de pouces bleus, signe de cohésion sociale. April, l'héroïne de Gia, ne se sent pas à l'aise dans ce monde, est facilement déçue par son petit-ami, Teddy, déjà dans la tromperie, et semble plus mature que les autres. Elle est spectatrice de la bêtise des lycéennes qui lynchent sans vergogne, l'une de leurs camarades un peu paumée et sex-addict. April est las de cette vie et voudrait s'élever, s'évader. C'est en expérimentant avec son professeur de sport, Mr. B, qu'elle se découvre et comprend rapidement que le monde des adultes peut être aussi immature et irresponsable que le monde d'où elle vient. Les histoires d'amour sont les mêmes qu'importe l'âge car, l'amour n'a visiblement pas d'âge et comporte les mêmes types de défauts. Tout au long, elle ressent cette dualité et sur la bande-son bien travaillée et très colorée - passant par Blood Orange et Mac Demarco - l'univers des adolescents, paradoxalement, ne cesse de briller et de vivre malgré tous ces aspects qui viennent rompre cette innocence. Alors, si nous tissons avec les jeunes de notre âge, des liens tant affectifs que tendres, pendant cette période où les sentiments s'emmêlent, pourrons-nous résister au futur qui est aussi bien qu'imprévu que semé d'embûches ? 





Palo Alto réalisé par Gia Coppola © 2014




Critique par Anha S.L.




Vous pouvez jeter un oeil au making-of de Palo Alto. 
La bonne ambiance est au rendez-vous.


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