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Eikomania

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Pourquoi la SNCF a lancé le Ouigo Lent ou l'opération "prolo-radins-chômedû" ?

@helloitsanha x eikimoze ⚡️

La SNCF a inventé un concept qui semblait pourtant réservé aux sketches de Coluche : vendre plus lentement ce qu’elle vendait déjà plus vite. Son nom ? Le Ouigo Train Classique. Son surnom populaire ? Le « Ouigo Lent ».

Son concept marketing consiste à faire passer la précarité pour une expérience de voyage contemplative. Dans la vidéo devenue virale de Qofficiel, l’idée est résumée avec une précision chirurgicale : « Déjà t’es dans un Ouigo, mais en plus il est lent. » Tout est là. Le génie français du déclassement emballé dans un packaging rose bonbon.

Le low-cost a trouvé plus pauvre que le low-cost

Pendant des décennies, le progrès consistait à gagner du temps. Puis est arrivée la SNCF version startup nation : gagner du temps est devenu une option premium. Vous êtes pressé ? Prenez un TGV InOui à 120 euros.

Vous êtes moyennement solvable ? Montez dans un Ouigo. Vous êtes étudiant, intérimaire, autoentrepreneur en survie ou simple victime du coût de la vie ? Félicitations : voici le Ouigo Train Classique, ce train qui relie Paris à Nantes en près de quatre heures quand le TGV met à peine deux heures.

Le message implicite est magnifique : si vous n’avez pas d’argent, vous avez forcément du temps. La SNCF appelle ça « prendre son temps ».

Les services marketing appellent toujours les choses autrement. On ne parle plus de réduction de confort mais « d’expérience simplifiée ». On ne parle plus de pauvreté mais de « mobilité accessible ».

La France coupée en deux : les rapides et les résignés

Le Ouigo Lent raconte surtout quelque chose de la France de 2026. Une France où les prix augmentent moins vite que l’impression de devenir pauvre. Les billets TGV ont continué à grimper tandis que les ménages arbitrent désormais entre se déplacer, se chauffer ou remplir le frigo.

Face à cette réalité, la SNCF a trouvé une équation simple : si les Français ne peuvent plus payer la vitesse, on leur vendra la lenteur. On connaissait la première classe et la seconde classe. Voici désormais la troisième temporalité : celle où l’on remplace l’argent par des heures de trajet.

Le plus fascinant reste le discours écologique qui accompagne parfois ces offres.

Car derrière les grands mots sur la mobilité durable se cache une évidence plus triviale : les gens prennent surtout ce qu’ils peuvent encore se permettre.

Le train des temps modernes… version machine à remonter le temps

Le paradoxe est splendide. À l’heure où les voitures deviennent autonomes, où l’intelligence artificielle rédige des mémoires universitaires et où les fusées privées décollent vers l’espace, une partie de la population française célèbre le retour du train Corail à 160 km/h comme une conquête sociale.

La SNCF affirme vouloir récupérer des voyageurs qui prennent la voiture ou le car. Pourquoi pas. Mais le Ouigo Lent ressemble parfois à un aveu plus profond : celui d’un pays où l’innovation consiste désormais à réintroduire ce qu’on avait supprimé, en expliquant que c’est moderne.

Demain, peut-être, la SNCF lancera le « Ouigo Très Lent ». Départ de Paris lundi matin. Arrivée à Bordeaux mercredi. Wagon sans prise électrique mais avec vue imprenable sur la désindustrialisation française.

Et pour seulement 9,99 euros, café non compris.

Après tout, quand le pouvoir d’achat déraille, le train peut bien ralentir avec lui.


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