Anha S.L

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Titane : La monstrueuse palme d'or qui a fait trembler Cannes.

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C'est officiel, Julia Ducournau est la deuxième femme qui a remporté la récompense suprême, 28 ans après Jane Campion pour La Leçon de Piano. Mais elle est la première à l'avoir remportée seule et d'ailleurs, c'est avec un film de genre, gore, aux airs fantastiques et oniriques, qu'elle a concouru. Son enfant au squelette de métal se nomme Titane

Bien loin du robuste Titanic de James Cameron, l'enfant de la cinéaste française – obsédée par le cinéma psychédélique de David Cronenberg et de John Carpenter – a vu la lumière du jour lors de sa projection officielle au Festival de Cannes. 

De Junior en passant par Grave, film qui a marqué la croisette à la Semaine de la critique en 2016 pour son côté body-horror et cannibal, Titane s'affirme comme un être mythologique qui vient bouleverser les codes du cinéma français. 

✨ Le Synopsis 

Après une série de meurtres inexpliqués, un ancien pompier très instable dans sa vie, retrouve son fils disparu depuis 10 ans, ramené par les inspecteurs de la douane de l'aéroport. 

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Le genre : Une transaction vers l'horreur sociale. 

On s'est souvent posé la question du genre au sein de cette industrie française qui de fait, a tendance à produire des copies carbones de comédies ou de drames sociaux ayant fonctionné au box-office. Cheap, déclassé, has-been ? Les films d'horreur abordant des sujets qui divisent ne font pas l'unanimité et au final, n'existent pas ou très peu. 

Peu de personnes savent lire des scénarios de films de genre basés davantage sur les descriptions (sons, images, effets spéciaux...) que sur les dialogues. Tout est plus sensoriel, plus expérimental, et plus fin à décrypter. 

Titane et avant lui, Grave, ont contourné les "règles" et se sont imposés dans le paysage cinématographique français. Le deuxième long-métrage de Julia Ducournau transgresse les normes et donc les règles puis dévie avec allégresse le genre, le transforme, le module et le reconstruit. 

Le pouvoir du corps permet à la cinéaste de montrer son attrait pour la chair et son amour pour Cronenberg en lui dédiant des références bien visibles : ici, Crash, qui en 1996, a fait polémique à Cannes mais qui reste une oeuvre à part entière et identifiable par le commun des mortels. 

Son personnage passe du féminin au masculin pour échapper à la police mais également fuir son passé douteux et d'enfant mal aimée. S'aventurer dans une vie qui n'est pas la nôtre révèle du challenge. Elle prend la place d'un garçon disparu depuis 10 ans et se fait passer pour lui auprès de son père, meurtri et hanté par le désespoir depuis toute cette décennie. 

Julia Ducournau navigue et déforme le genre : même le corps le plus féminin et désirable par les hommes – à l'instar des voitures de collections dans le salon – peut se transformer et muter. Rien n'est fixe et définitif. Le mouvement "transgender" a atteint son climax dans Titane. Plus qu'une narration visuelle, c'est une expérience. 

On retient de son héroïne interprétée par la fantastique Agathe Rousselle : ses cheveux peroxydés, son blouson version féminin copié sur celui de Ryan Gosling dans Drive, un franc parler propre à la créatrice de ce film et une arme à dézinguer les amoureux.ses qui fait un petit clin d'oeil à Basic Instinct


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Les liens du coeur vs les liens du sang. 

Dit dans une interview, la cinéaste de 37 ans voulait parler d'amour inconditionnel entre deux êtres. C'est chose faite. 

La monstruosité d'Alexia grandit à cause de l'indifférence et la froideur de son géniteur. C'est en partie de sa faute si pendant son enfance, Alexia a une plaque de titane dans le crâne suite à un bête accident. Cette haine grossit comme un enfant que l'on nourrit avant qu'il ne sorte dans le monde réel, dur et froid.

Sans humanité, elle change radicalement de vie, par contrainte. Elle découvre ce père, renonce à le tuer et s'éprend d'amour et d'affection pour lui. Comme un enfant qui apprend à marcher, le chef des pompiers, incarné par un Vincent Lindon body-buildé, la prend sous son aile. Il croit qu'Alexia est son fils et même lorsqu'il découvre le pot aux roses, il n'est pas meurtri. Ce père ne veut plus être seul, il veut redécouvrir les sensations qu'il a oublié : celui de border, d'apprendre et de transmettre un savoir faire à un petit humain. Inconsciemment, il remet les compteurs à zéro et reprend là où le temps s'est arrêté.

Tous les deux, réapprennent à aimer et développent une relation père/fils/fille qui parait irréelle. Vincent se rend compte qu'elle n'est pas Adrien, son enfant aimé et disparu, mais semble l'aimer comme telle. On n'oubliera pas cette scène quand il l'a initié aux pratiques de son métier en faisant un massage cardiaque en rythme sur la Macarena

Le côté Cronenberg ressort : enceinte jusqu'aux yeux, Alexia ne peut plus cacher son secret. La mère d'Adrien n'a jamais cru à la réapparition de son fils. Maternelle, elle sent instinctivement ce "quelque chose" qui est inné. 

Mère à son tour, Alexia est enceinte de la Cadillac flamboyante dont elle a eu un drôle de crush – elle fait d'ailleurs penser à l'alter égo de Christine de John Carpenter – et malgré sa tentative d'avortement avec son pic à cheveux qui est accessoirement l'arme des crimes qu'elle a commis, elle commence à ressentir de l'amour pour sa progéniture. 


Perdant de l'huile de moteur entre les jambes, elle sait déjà que ses jours sont comptés. Que la normalité n'existe plus et que depuis qu'une particularité a été injectée dans son cerveau, tout débloque. Ce monde déconne, on ne sait plus qui sont les monstres ou les gentils.

Les personnes les plus "normales", les plus rangées, sont monstrueuses et créent à leur tour des monstres sur pattes qui ne réclament qu'un semblant d'amour et d'affection. Alexia voulait détruire le mur de l'indifférence : tout ce qu'elle touche n'est qu'échec, sang et meurtre. Plus on l'aime, plus elle tue. Sauf Vincent, son père de coeur, qui peine à la regarder quand elle danse sur le camion de pompier majestueux. 

Au final, la supercherie est dévoilée. Vincent aide Alexia à accoucher de son petit cyborg. Et toujours dans cette frénésie, au moment où le climax bat son plein, le chef des pompiers recommence une nouvelle vie avec le petit être à la colonne d'acier qui vient de lui tomber dans les bras. 

On ne choisit pas sa famille, mais on peut faire le choix d'en avoir une qui nous convient, même si les liens du sang ne nous unit pas. Le coeur a des racines parfois bien plus soudées et fortes que l'arbre généalogique normé et construit sur du titane en voie d'érosion. 

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