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Xavier Dolan : À l'impossible, je suis tenu.

@eikomania.me x Anha S.L

 

Je n'ai pas envie de faire une introduction qui ressemble aux autres tabloïds. Parce que cet article est davantage une lettre épistolaire 2.0 qu'un article lambda qui graisse la patte d'un artiste. Cependant, je suis un peu novice en la matière donc : 

Xavier Dolan, né au printemps 1989, est un cinéaste qui respire la liberté et inspire la Nouvelle Génération. Au delà de son palmarès impressionnant et de ses 8 longs-métrages à son actif, la presse aime le définir comme l'Enfant Prodige du 7ème art. Même s'il déteste ce titre – chose que je peux comprendre – ceci n'est pas démérité. Il y a 10 ans, je ne le connaissais pas alors qu'il était en train de tourner le plus beau film que je n'ai jamais vu de toute ma vie, à savoir, le beau Laurence Anyways. Mais je vais revenir sur la découverte de cet artiste pluridisciplinaire qui lui a défoncé les portes pour devenir acteur de sa propre vie, de son propre destin. 

⚡️

Les rêves, à tout prix. 

C'est en 2014 que je l'ai vu pour la première fois. Du moins, sur mon poste de télévision. On était au mois de mai et j'ai observé des extraits de son film Mommy qui a été primé lors du Festival de Cannes. Sincèrement, je m'étais dit : " Okay bon..." sans trop y prêter d'attention. 

Mais c'est à la fin de ma première année en école de cinéma que je me suis dit : "En fait, ce type à un truc !". J'ai commencé le cinéma à 16 ans et ma première année en réalisation a été très... mitigée. J'ai beaucoup appris mais j'ai vite déchanté. Je me suis dit qu'il fallait que je m'accroche à ce rêve, à mes idées et à l'univers que j'étais en train de créer. Cette école a été un laboratoire immense. À l'inverse de Xavier, j'ai été "privilégiée" d'avoir eu la chance d'étudier le septième art. Bon, crédit oblige à rembourser, et sincèrement, si c'était à refaire, je ne sais pas si je ferais le même chemin. Comme lui, j'ai été autodidacte et je trouve que faire les choses par soi-même est plus valorisant et est source de fierté. 

Je suis anti-formatage. À l'école, on a bien souligné que j'étais déconnectée du monde professionnel. Cependant, je pense sincèrement qu'il faut intérioriser ce que l'on a appris mais rebattre les cartes à notre manière. L'art est subjectif, notre vision du Monde également. Je pense que de formater les jeunes pour qu'ils réussissent fait en sorte que les films sont tous plus ou moins uniformes. 

Melvil Poupaud le disait dans une interview : 

"Les films d'auteurs aujourd'hui sont quasiment aussi formatés que certains films commerciaux.
Ça manque d'expérimentation et de folie."

Ce grand acteur est passé devant la caméra d'un Xavier Dolan survolté et passionné. Pas étonnant que ce dernier trouve les films – en général – un peu fades et millimétrés à la virgule près pour avoir la chance d'être produits et d'exister. 

Pendant l'été 2014, j'ai écrit un premier long-métrage qui ne vaut pas un kopeck. Mais Xavier m'a donné la force de finir ce projet. On doit terminer tout ce que l'on a commencé à entreprendre. Et ce, qu'importe le résultat. Sur un air de Ellie Goulding "Everything Could Happen" et malgré la chaleur de plomb, je me suis mis au travail. En vain. Mais la satisfaction d'avoir été jusqu'au bout était là. Parce qu'à la fin de la projection de Mommy, qui finalement, est le film qui a fait exploser sa carrière en France et à l'international, des amis ont pleuré en disant : 

"Ce gars a 25 ans ?! 25 ans, tu te rends compte ?"

Du haut de mes 17 ans, je n'avais jamais vu un tel engouement. Mes amis d'école et cinéphiles étaient fans. Xavier était la nouvelle rockstar du 7ème art et beaucoup de mes collègues voulaient l'imiter. Mais finalement, ils ne l'ont jamais égalé. Pourquoi ? Parce que lorsque l'on a un style et des thématiques particulières, il est difficile de reproduire une simple copie carbone. 

Au cinéma comme en création, il faut avant tout être honnête avec soi-même. Devant une page blanche, on écrit généralement pour soi et pas forcément pour les autres. L'un de mes amis réalisateurs me dit souvent : 

"J'espère que ça va te plaire avant tout". 

Et sa réponse me laisse un peu de marbre. Automatiquement, je lui réponds souvent qu'il faut que ça lui plaise à lui. J'ai remarqué que lorsque l'on est cinéaste – auteur/réalisateur – on a tendance à vouloir écrire pour soi puis faire le film que l'on a envie de voir. Xavier l'a compris et a toujours suivi son instinct et ses envies mais j'en connais d'autres qui surfent sur la vague du moment et ne sont pas authentiques avec leur propre écrit. Mais c'est parce que l'on dit souvent : 

"Le cinéma, c'est une industrie avant d'être un art."

Pour moi, ce sont les hommes qui ont vu le profit. Avant, c'était un moyen d'expression. Et certains humains ont vu qu'ils pouvaient bâtir un empire de la thune et du glamour. 

Je ne sais pas si le cinéma perd de ses lettres de noblesse mais avec le streaming, le développement des plateformes SVoD, le contenu gratuit sur YouTube et les différentes manières de tourner un peu en système D et "low-cost", y'a-t-il encore un avenir pour le cinéma ? 

OUI. Parce que ça fait des siècles que l'on dit que c'est la fin du 7ème art et il est toujours là. Cependant, je pense qu'il faut que l'industrie française s'adapte aux nouvelles demandes et attentes d'un public qui est connecté et peut-être revoir les règles de la chronologie des médias. 

Liberté, j'écris ton nom. 

Xavier Dolan a toujours été libre. Il a cette facilité de convaincre et décider de son destin. Même si parfois les critiques sont virulentes et qu'il est difficile de lire des commentaires négatifs à son sujet, il arrive quand même à développer ses projets jusqu'au bout. 

Lors la projo presse à Toronto – au TIFF 2018 – où j'ai vu son film The Death And Life of John F. Donovan, la critique a été ultra mitigée. Je sais que ça a été un projet un peu difficile et une post-production qu'il portait à bout de bras. De toute façon, plus on est médiatisé et plus la presse fait des gros titres à notre sujet. Au final, la cible qui est dessinée sur notre dos est immense et on est dans le viseur de ceux qui veulent nous voir chuter. 

Savoir se détacher de cette négativité peut être inspirante et parfois peut être le moteur d'une nouvelle oeuvre et d'une revanche cinématographique. 

Envers et contre tous, Xavier Dolan a été un autodidacte et a accumulé les performances. Comme dit précédemment, pour moi Laurence Anyways est la plus belle histoire d'amour que je n'ai jamais vue au cinéma. C'est un film "doudou" que je peux regarder en boucle. Mes amis projectionnistes ne sont pas fans, d'autres connaissances le trouvent trop long, d'autres me disent que ça ne leur a fait ni chaud, ni froid. Et je leur réponds : 

"C'est que tu ne sais pas réellement aimer une personne."

Chose qui est peut-être vrai. L'amour est présent dans le cinéma de Xavier, et il le cherche. Il comble des fantasmes à travers ce septième art qui devient de plus en plus gris. Il offre un goût acidulé avec ses couleurs criardes et saturées. Son extravagance, ses dialogues enjoués et sans filtre, ses mouvement caméra, son montage unique... Il n'a pas de recette. Mais tout ce que je peux dire, c'est qu'il reste lui-même et fait ce que bon lui semble. On devrait être libre en tant qu'artiste ou humain et arrêter d'être formaté pour obtenir telle ou telle chose. C'est l'une des raisons pour laquelle je quitte cette industrie cinématographique après 7 bonnes années de loyaux services. 

Un scénario, c'est une lettre d'amour destinée à ceux qu'on aime.

On écrit pour aimer et être aimé en retour. On fait du cinéma pour vivre une vie qui ne sera sans doute jamais la nôtre. Le scénario nous fait fantasmer, nous guide vers l'imaginaire et panse parfois nos blessures amoureuses. 

On pense à notre premier rendez-vous adolescent ou de jeune adulte lorsque notre crush nous prend la main dans cette salle obscure. Ces salles aux fauteuils rouges... Parlons-en, elles nous font vibrer comme elles nous font pleurer. Des films tire-larmes nous broient le coeur, des comédies nous font parfois désespérer en se demandant qu'est-ce qui a bien pu produire cette histoire fucked-up, des films OVNI de jeunes padawans débarquent et connaissent enfin la lumière du jour... Un véritable champ de bataille comme dirait Samuel Füller.

90 minutes plus tard, l'histoire s'éteint. Deux possibilités : 


⚡️ Soit on imagine une suite en la rêvant ou en l'écrivant. 

⚡️Soit on est triste et on laisse tranquille ces personnages afin qu'ils suivent leur destin à l'abri des regards. 


Quand on pense à Taxi Driver qui a été écrit en 2 jours sur un coup de tête et qui a raflé la fameuse Palme dorée, on se dit que les tripes parlent. Si tous les films étaient pensés avec le coeur, on ferait de meilleurs films. Si on arrêtait de penser au budget, à l'argent, aux récompenses ou la reconnaissance, on ferait un cinéma plus radieux. 

J'ai foi en cette nouvelle génération. Xavier en fait partie et redonne de l'espoir aux gens. Ayant un amour immense, il cherche encore des réponses à ses questions existentielles. Ce n'est pas facile d'évoluer dans un milieu où on est persécuté par la presse people qui pond des torchons, qui fait des amalgames et en tant qu'artiste, de ne pas faire de faux pas sous peine de s'attirer les foudres des autres. 

J'ai donné dans cet art. Je reviendrais un jour, ou jamais. Tout ce que je sais, c'est que je remercie Xavier de m'avoir permis de me dépasser et de me prouver que l'impossible n'existait pas. 

Qui aurait cru qu'un jeune de vingt ans aurait pu réaliser ses rêves après tant de refus ? Personne. Le plus important, c'est de faire ce qu'on aime et de ne pas faire les choses pour de mauvaises raisons. Xavier Dolan a réussi le pari de sa vingtaine et est devenu une sorte d'icône chez les jeunes ambitieux. Il a bouclé la boucle avec Matthias et Maxime, un film qui se trouve au sommet des amitiés divergentes. Une sorte d'hommage à Hubert de J'ai Tué Ma Mère qui cette fois-ci a 30 ans et s'en va vers de nouveaux horizons, laissant son passé derrière lui afin d'avancer et de reprendre son souffle.

La dernière fois que je suis allée à Montréal, c'était en novembre 2018 lors du festival Cinémania. Et ce qui est marrant, c'est que cette année-là, j'avais décidé que c'était ma dernière année où je ferais du cinéma. Invitée chez un ami montréalais, j'ai vu dans son couloir, un poster immense du film Mommy revisité par un internaute. Il m'a dit que c'était du fan art

J'ai regardé l'oeuvre en question. Elle était belle. Et je me suis souvenue de l'essentiel et de mes convictions à faire de ma vie un film à part entière. Mommy, c'était le film qui a été un déclic lorsque j'avais 17 ans. L'étudiante de deuxième année s'était dit d'aller aussi loin que possible. Hélas, en vain, mais je garderai à jamais un souvenir doux et chaleureux de cet été pénible où mes rêves cramaient lentement sous ce soleil de désespoir. Désormais, la boucle est bouclée. 

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