Anha S.L

With pretty stories for which there's little good evidence Sea of Tranquility tendrils of gossamer clouds decipherment courage of our questions.

@eikomania.me

Les bullshit jobs : Quel est notre rapport au travail ?

@eikomania.me x Anha S.L


Qu'est-ce que les Bullshit Jobs ? 

On peut déjà traduire ce terme par "emplois à la con" ou "inutiles" ou encore imaginaires. Selon Graeber, il apporte la définition suivante : 

" Une forme d'emploi qui est si totalement inutile, superflue ou néfaste que même le salarié n'arrive pas à justifier son existence, bien qu'il se sente obligé pour honorer les termes de son contrat, de croire qu'il n'en est rien."

Et malheureusement, plus on y pense et plus les bullshit jobs se multiplient. Notamment à cause des nombreux nouveaux emplois créés ces dernières années. Avant, à l'époque de nos grands-parents, il y avait des emplois dits "utiles" et nécessaires qui représentaient des avantages personnels et pour la société. Ils participaient au bon fonctionnement de la vie et de l'économie comme les boulangers, les contrôleurs de train ou les professeurs. 

Et au final, quelle est la définition du travail ? 

C'est la rencontre entre des volontés, des besoins ou une aspiration collective. En gros, il faut avoir conscience de l'utilité de ce que l'on fait, de ce qu'apporte nos compétences, notre réflexion et notre valeur ajoutée afin d'apporter au Monde et donc à la société quelque chose pour améliorer le système. Comme par exemple l'innovation

Depuis le début des Trente Glorieuses, on assiste à une explosion d'innovations concernant l'aide aux tâches ménagères (robots aspirateurs, lave-linge...), la communication (passant du téléphone fixe au mobile, Internet qui donne accès à une fenêtre sur le monde incontrôlable...) et tout ce qui est high-tech mais qui du coup, ne fait qu'enclencher le début des bullshit jobs. 

Parce qu'au final, un téléphone, ça sert quoi ? À téléphoner, évidemment. Cependant, plus les années avancent, plus on parle plus de photophones que de téléphones. Ce sont devenus des téléphones intelligents, appelés communément smartphones pour l'anglicisme. Depuis l'apparition des premiers iPhones – les fameux 3Gs – les concurrents se sont retroussés les manches pour fabriquer le meilleur smartphone de tous les temps. Aujourd'hui, nous sommes aspirés par notre écran qui est devenu un réel mini ordinateur. 

Mais au final, ça sert à quoi tout ça ? Nous avons du mal à nous projeter car à part innover en photos ou en vidéos, ce qui remplacera malheureusement les hybrides et réflex professionnels, on ne sait pas jusqu'où cette technologie ira. Peut-être que l'on pourra commander de la nourriture à distance et se la faire livrer par un inconnu ?

Manque de pot, ça existe déjà et aujourd'hui, le click & collection est de plus en plus présent surtout pendant cette période de confinement. 

La notion du travail se dénature. On dit que les métiers d'Internet ne sont pas des Vrais Métiers, alors que finalement, ce sont que la version 2.0 des commerçants qui ont des boutiques physiques. Sinon, c'est le même deal mais sans les charges de location qui vont avec. Nous vivons dans un monde ultra connecté et on a besoin de personnes pour faire de la communication notamment en publicité, en création et mise en page de catalogues, de logos, de newsletters... Tout ça pour quoi ? Pour attirer des clients. C'est exactement la même chose que ce que "l'Ancien Génération" a connu, mais en 2.0 parce que tout ça, ça s'appelle l'évolution

Cependant, il y a des métiers qui n'ont pas de sens pour les uns ou pour autres. Les personnes qui s'épanouissent derrière un bureau en faisant des tâches informatiques mais comme à l'usine sont assez rares. À l'instar des Temps Modernes de Chaplin, c'est encore une fois la même chose mais en plus évolué. Ce qui fait que les attitudes des apprentis bureaucrates sont dénigrantes. 

David Graeber souligne que les gens ont besoin de travailler et de faire leurs 35 heures par semaine pour donner du sens à leur vie alors qu'il n'y en a pas. Il ajoute que : 

"Jamais la société humaine n'a passé autant de temps à remplir des formulaires". 

C'est vrai qu'on ne comprend pas ces emplois qui ne servent pas à grand chose. Comme les RH, les psychologues du travail, les assistants des assistants dans l'évènementiel... N'ayant pas une grande estime pour certains corps de métiers qui ont tendance à vouloir dénigrer les autres du haut de leur statut de fonctionnaire et leur grappiller de l'argent en les mettant dans une situation délicate, ce sont eux qui ne sont pas heureux car ils n'ont aucun rêve. Et je tiens à souligner ce fait. 

Connaissant des gens qui sont fonctionnaires et qui gagnent bien leur vie, ils ne sont pas heureux. Et ne savent pas quoi faire de leur vie hormis continuer les commérages devant la machine à café, s'embrouiller avec le collègue du bureau numéro 2 et rentrer chez eux, lessiver parce que demain sera le même qu'aujourd'hui. Leur vie, c'est le jour sans fin. Mais certains sont quand même heureux sûrement parce qu'ils ont intériorisé ça et qu'ils ont la satisfaction d'être dans la norme sociale

Les écoles de commerce qui se multiplient n'y sont pas rien. Elles sont devenues des business à part entière. Et nous ne sommes pas les seuls à le dire. 

On fait une école ou une formation pour quoi ? 

Pour apprendre une corps de métier concret et être performant pour dégager une certaine valeur ajoutée. Dans ces écoles, on pense management, business, comptabilité, chiffre, profit. Mais on ne pense pas à la créativité ou à la création d'entreprise. Ayant suivi un stage de trois mois pour créer une entreprise, avec les autres camarades, nous nous sommes focalisés sur notre projet d'entreprise et avons côtoyé des partenaires pour concrétiser notre rêve. 

Tôt ou tard, sortir d'HEC ou autre, si on n'a pas une fibre artistique ou des rêves assez concrets ou encore l'amour pour quelque chose et si pour certains la réussite c'est l'argent, oubliez toutes les valeurs que la société ou encore l'école ont essayé de vous inculquer. Parce que l'argent ne fait certainement pas le bonheur. Il permet de mettre du carburant dans le moteur à rêves et à vivre décemment. Mais c'est tout. Si on fait un bullshit job à côté et que la monotonie s'installe en permanence jusqu'à ce que la retraite pointe le bout de son nez, et bien, il ne reste plus qu'à vous souhaiter bon courage pour la suite. 


"Nous sommes dans un Monde qui nous condamne à la médiocrité."

Parce que pour certains, on dévalorise le travail manuel. Dès notre entrée en école, on privilégie l'intellect au do-it-yourself. Un artisan n'est pas plus idiot qu'un politicien véreux. Peut-être que certains n'auront pas le privilège de connaitre le code pénal accompagné de ses alinéas par coeur mais les valeurs humaines et la réflexion, encore une fois, ne s'achètent pas.

On connait tous quelqu'un qui est sorti d'une Grande École et qui n'est pas intéressant pour deux sous. Alors qu'à l'inverse, des autodidactes, des gens passionnés et débrouillards qui n'ont pas fait d'études, ni eu de mention Très Bien au Bac avec félicitations, sont tout aussi doués et intéressants que les intellos et les petits bureaucrates qui veulent écraser les autres avec leur bulletin de notes et leur évolution annuelle de leur bullshit job. Je ne blâme pas les gens qui font des études, ce que je déplore, c'est l'attitude et le manque d'ouverture d'esprit de certains.

L'école formate et malheureusement inculque qu'il faut réussir sa vie en ayant des notes et des critiques positives. Les enseignants nous poussent à bachoter leur programme ultra dense et malheureusement le cerveau ne retient qu'un quart de tout ce qu'on a appris durant l'année. Est-ce inquiétant ? Oui. 

À l'inverse, des jeunes gens qui sont marginalisés à cause de leurs notes vont faire un métier manuel et vont être performants dans leur domaine. Au final, ce qui est marrant, c'est qu'on leur a demandé ce qu'il voulait faire dans la vie et malgré qu'ils ne soient pas adaptés au système scolaire dit "classique", ils ont choisi leur métier. Alors que les élèves de la section classique ne savent généralement pas ce qu'ils veulent faire de leur vie et changent de voie en cours route. Et aujourd'hui, on parle beaucoup de reconversion professionnelle, pour diverses raisons mais la plupart se rapportent à la "bullshitisation" des emplois.

Passer plus de temps à faire le "larbin" dans une entreprise, être condamné à rester assis à faire des tableaux Excel et à "bosser" dans une ambiance pesante dont les tâches sont dictées par les "petits chefs" ne donnent pas envie. Le bullshit job de ces derniers est de distribuer les tâches et consistent à surveiller les autres. Et ainsi raflent un bon salaire. 

Les valeurs passent à la trappe face à une bureaucratie qui grignote le quotidien. 

Triste constat et pénible réalité. Si le monde est gris, c'est qu'il y a une régression dans les rapports humains. Où sont passés les rêves de gosses ? Ceux qui étaient improbables, loufoques mais pas irréalisables à partir du moment où on y croyait et qu'on mettait tout en oeuvre pour y arriver ? 

L'école nous formate, nous guide pour être des personnes qui veulent écraser les uns et les autres à coups de stylo rouge et de notes bidons. Comment pouvons nous commencer à vivre sans cette pression sociale doublée de cette charge mentale ?

La bullshitisation des jobs à la con continue de persévérer mais avec la situation actuelle, beaucoup de jeunes adultes et de personnes qui sont nos ainés veulent se reconvertir et enfin réaliser leurs rêves. Ils ont oublié leurs aspirations et aujourd'hui prendre le temps pour eux et pour les autres. 

On voit des directrices de maison de couture qui se mettent à la plomberie, des comptables qui se découvrent une passion pour la cuisine, des médecins qui rendent leur tablier pour devenir cinéastes ou vendeurs de pop-corn dans un cinéma miteux mais qui s'empressent de voir squatter les salles obscures pendant les séances, des comédiens qui changent de vie pour partir avec des missions humanitaires... Il y a plein de cas de figures et de témoignages différents. Celui le plus marquant étant un Trader français qui a eu une sorte de mental breakdown et qui est devenu prête. 

Il n'y a pas d'âge pour se sortir d'un bullshit job. La devise de ce journal est : Soyez acteur ou actrice de votre propre vie. Parce qu'on a tendance à s'engouffrer dans des jobs qui ne nous ressemblent pas. Généralement, on les fait parce que l'on ne veut pas recommencer à zéro ou qu'on est pris à la gorge et que l'on veut vivre confortablement. Sauf qu'il y a une addition drastique (et un brin sociologique) assez pertinente et simple : 

La santé + L'argent - La vie sociale - Le job = Pas de bonheur. 

La santé + L'amour (+ Vie Sociale) - Les projets - Le job = Pas de bonheur. 

Et ainsi de suite. Notre vie est comme chaise et si l'un des quatre piliers s'effondre, on perd tout. Il faut trouver le bon équilibre à commencer par l'emploi parce que lorsqu'on est jeune ou finalement à n'importe quel âge, il nous définit. 

On parle avec passion de notre métier car ce dernier doit nous refléter. Il faut en discuter avec facilité et comme une carte d'identité, au delà du prestige, du titre, de l'utilité, l'humain a besoin de transmettre que ce soit manuellement ou intellectuellement. Si on n'aime pas ce que l'on fait, il n'y a pas de transmission et donc, les humains de la prochaine génération vont se prendre un mur ou plonger dans l'inculture et la médiocrité ou encore s'enliser dans un job qui ne leur correspond pas et ainsi accentuer l'évolution de la bullshitisation des emplois à la con. 

Ne soyez pas la machine qui fait les choses à proprement parlé machinalement. On est toujours mieux servi que par soi-même. On note que les échecs font partie de l'apprentissage et que l'on peut rebondir à tout moment si on a la passion et la patience de le faire et ainsi prendre surtout soin de nous et de notre santé mentale.

Il y a une notion de méritocratie qui est horripilante et dès notre plus âge, on nous l'a salement inculquée. En primaire, on gagnait des images. Au collège, des bonnes notes. Au lycée, idem et ainsi de suite. Ceux qui ont du mérite aujourd'hui font des jobs à la con parce qu'ils ont des diplômes BAC +5 reconnus par l'État et qu'ils ont réussi leur vie parce qu'ils ont coché toutes les cases de cette fameuse liste de courses. Alors qu'à l'inverse, un entrepreneur sans diplôme mais qui se bat et qui ne compte ses heures n'est pas méritant parce qu'il ne fait pas un vrai job ou qu'il ne fait pas partie de cette bullshitisation grandissante. Les valeurs se perdent face à ce phénomène déconcertant. 

Pour finir, Mark Twain disait : 

Le secret du succès est de faire de ta vocation tes vacances. ⚡️

Commentaires

Publier un commentaire