Anha

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Est-on vraiment prêt à collaborer ensemble lorsque l'on est en couple ?

@eikomania.me x Anha S.L


C'est beau de s'aimer, de partager un quotidien et ses passions. Mais lorsqu'un jour, on est obligé de travailler ensemble et que potentiellement on fait partie du même monde professionnel ou industrie artistique, tout est bouleversé dans notre quotidien. Alors, comment gérer cette relation tant intime que concurrentielle ? Good idea ou fail ? 

Bonne idée : Parce qu'on parle le même langage. 


Il est vrai qu'il est plus simple de faire le même métier car l'un peut comprendre l'autre et vice versa. C'est agréable, après une journée de travail, de ne pas répéter la même chose en permanence et de devoir expliquer pourquoi on rentre à 3 heures du matin au lieu de 23 heures. 

Étant dans l'industrie du cinéma, les histoires d'amour fusent et généralement, les gens sortent entre eux. Mais c'est valable également pour tous les autres corps de métiers. Non seulement, on se "reproduit" socialement parce qu'on ne fréquente que des personnes qui ont les mêmes intérêts que nous, et surtout parce que l'on n'a pas forcément le temps, ni l'envie de rencontrer d'autres humains qui ont des passions ou des métiers différents. En gros, on n'a jamais le temps pour faire des nouvelles rencontres et quand je parle de rencontres, ce n'est pas le one-shot Tinder de votre dimanche après-midi. Là, je parle de la vraie rencontre, du vrai date, d'une personne que tu as appris à connaître pendant des semaines et que tu t'apprêtes à rencontrer sur le Champ de Mars près de la Tour Eiffel pour pique-niquer. Mais là encore, il faut du temps pour organiser et créer la rencontre

J'ai remarqué que les enseignants sortent entre eux, les gens du cinéma également, les artistes aussi et ainsi de suite. Pourtant, j'ai vécu les pires histoires d'amour avec les gens qui faisaient partie de la même industrie que moi. Mais, j'avais peur, justement qu'avec d'autres, nous ne parlerons pas le langage. Il n'y a rien de pire que les blancs dans des discussions, d'avoir le sentiment de forcer la conversation pour la rendre palpitante et de ne pas se dire que l'on a fait tout ça pour rien. Alors, on fréquente nos collègues et on s'en contente. Cependant, j'ai vécu des assez belles histoires mais je mets "belles" entre guillemets, parce que dans le fond, c'était assez tragique et un brin romantique-pathos. Comme Titanic (ou Le tombeau des Lucioles), tu t'esclaffes en sortant de la salle : 

"C'est trop beau"

Alors qu'en vrai, tu as les larmes aux yeux. Il n'y a rien de beau, c'est tragique mais tellement poétique. Le négatif conjugué au négatif apporte du PLUS (++), c'est mathématique. La vie est malheureusement reposée, en partie, sur des maths, une sorte d'algorithme du destin ou du karma qui mène à une opération et à un résultat qui parfois, ne nous satisfait pas. 

Donc, toute notre vie, on se contente d'additions et de soustractions lambdas sans connaître la prise de risques ou de dangers. Sûrement parce que l'on est un peu formaté et que notre univers ou la bulle que nous avons formé n'a pas envie d'éclater ou de voler en éclats. 


L'amour, c'est chiant. Mais l'opinion des autres aussi. 

On n'a plus envie d'être jugé. On se case pour faire "genre". Parfois, on se montre en public comme des amoureux transis alors qu'au fond, il n'y a rien, c'est creux et méga vide. Mais on s'en contente parce que c'est juste cool que notre conjoint fait partie du même milieu que moi. Et qu'on ne prend pas la peine d'ouvrir nos chakras vers l'extérieur et le monde qui nous entoure. 

Entre autre, c'est assez chouette de se dire que les hommes et les femmes peuvent marcher main dans la main, sans concurrence déloyale, aigreur ou rivalité infantile. Que socialement, c'est chouette de faire un métier commun et de s'entraider. 

Mais, tout ça, c'est un peu du flan. Tous ces sentiments reviennent au galop et c'est souvent une explosion de reproches qui survient dans une dispute. Ce sont des non-dits qui rongent la relation et qui bouffent la créativité de l'autre. 


Fail : Quand la concurrence fait rage...


Pour donner un exemple, il y a quelques années, je sortais avec un étudiant de ma promo qui était plutôt orienté direction de la photographie et aspirait davantage à être assistant caméra. On a travaillé ensemble mais cette expérience m'a confortée sur le fait que nous n'étions pas fait pour collaborer à deux. Il y a une incompatibilité des caractères, ça arrive et ce n'est pas la fin du monde. J'ai à la fois aimé et détesté ce tournage. Le mec se prenait pour le réalisateur (donc ma place) et piquait des crises de starlette alors qu'il n'y avait aucune raison. Je lui ai redonné une chance, mais il m'a planté 2 semaines avant le tournage de mon court-métrage de fin d'études. Tout ça parce qu'il avait décidé d'être en stage et de me mettre des bâtons dans les roues car notre relation amoureuse battait de l'aile. 

Cependant, je devais aller faire ma vie aux USA et Canada pour connaître la vie professionnelle et voir le cinéma sous un autre angle. Pour moi, j'étouffais à Paris et l'herbe était plus verte ailleurs. Mais en réalité, ce mec m'en voulait et me faisait des reproches. Il n'avait aucune pitié pour me planter et avait décidé de ne pas être fiable mais n'hésitait pas à revenir quand j'avais d'autres projets artistiques sur le feu. 

Avec un autre amoureux (un assistant-caméra rencontré sur l'un de mes tournages), à l'inverse, notre battle d'égo était subtile. On faisait en sorte de se vanter gentiment d'accumuler des projets pour alimenter nos discussions ou mettre du piment dans notre relation. Du coup, ça nous boostait et dans l'idée, ce n'était pas mal. Mais à force de jouer à ce jeu tous les jours et de, finalement, se la jouer solo, on explose et on a du mal à respirer. 

C'est difficile de voir quelqu'un avoir des projets plus forts et plus importants que l'autre et qu'un jour, de constater qu'une fois dans l'année (ou plus), les courbes s'inversent. Faire partie du même monde professionnel est compliqué, on a tendance à vouloir récolter le plus d'étoiles possible pour se mettre en avant et gagner cette battle d'égo.

Or, une bonne relation, ce n'est pas ça. C'est se motiver mutuellement, ranger justement cet égo de coté pour pouvoir bien fonctionner et ne pas tomber dans le piège de cette concurrence démoniaque. Comme dirait l'autre : 

"Soyons extraordinaires ensemble, 
plutôt qu'ordinaires séparément."

Commentaires

  1. En fait, on se reproduit socialement surtout parce que l'on trouve notre partenaire soit au travail soit parmi nos amis (nos collègues pouvant devenir nos amis), or il semblerait que le choix des amis se fasse en mode "qui se ressemble s'assemble" et du coup il y aurait une reproduction sociale à ce niveau. Mais là encore ce n'est pas si simple, car les lieux où l'on rencontre nos amis sont des lieux généralement de faible mixité sociale. Par exemple, à la fac j'avais deux amies. Elles étaient dans le même cursus que moi et de la même classe sociale. Globalement, les gens de la promo étaient assez homogènes et les disparités pas si fortes. Même s'il y avait des étudiants boursiers, c'était pas les "caïra de quartiers" si je puis m'exprimer avec un cliché, et même s'il y avait précarité économique, il n'y avait pas précarité culturelle. En revanche, les disparités étaient quand même assez fortes pour séparer les gens. Par exemple, deux personnes de la promo, plutôt de classe sociale supérieure (repérées au prénom, à la manière de parler, et à leur job étudiant (l'une avait bossé en musée, quand il a appris ça un camarade a lancé "nous n'avons pas les mêmes valeurs (sur le ton de la pub) ! moi j'ai bossé à McDo", soulignant par-là l'écart)) ont fini en couple. Donc il y a à la fois le côté "qui se ressemble s'assemble" et à la fois le côté "on fait avec ce qu'on a". C'est-à-dire que si l'on ne rencontre pas de gens différents de nous dans nos lieux de rencontre (fac, boulot, loisirs, etc.) on ne risque pas d'avoir des amis avec des gens différents de nous.

    Peut-être que je vais sortir un immense cliché et que tu vas me faire toutes les remontrances justifiées du monde, mais j'ai quand même l'impression (ou du moins ça m'étonnerait pas) qu'en plus des questions de caractère individuel, dans ces battle d'ego, il y a le problème du monde du cinéma. Je veux dire... le monde du cinéma est quand même, pour ce que j'en sais c'est-à-dire pas grand-chose, un monde de compétition. Qui aura les financements ? qui aura les récompenses ? qui aura le plus de semaines de suite au box office ? qui aura le plus de spectateurs dans les salles ? qui aura le meilleur démarrage ? les meilleures critiques ? et au final, à l'école, qui aura la meilleure note. Je pense que tout ça (lié aux caractères plus ou moins compétitifs des uns et des autres) favorise les battle d'ego dont tu parles (surtout dans le cadre étudiant où finalement on se cherche encore un peu et on veut se prouver quelque chose). Au final, une battle d'ego c'est quoi ? C'est l'insécurité des participants mise en jeu. C'est essayer de trouver de la reconnaissance chez l'autre parce qu'on n'est incapable de nous-mêmes se trouver assez bien, ou alors qu'on est frustré parce que l'on pense mériter mieux du coup on est jaloux de ce que l'autre nous présente comme une réussite et que l'on considère comme un projet digne de nous alors que celui dans lequel on est lancé ne nous convient pas vraiment. En fait, une battle d'ego, c'est moins une guerre contre l'autre que d'essayer de se rassurer sur nos compétences ou notre capacité à aller au bout d'un rêve/objectif. Et je pense que plusieurs critères rentrent en compte : comme je l'ai dit, les caractères de chacun ; le monde du cinéma en lui-même ; mais aussi la passion. On met plus nos tripes dans la bataille quand on court derrière un Rêve que quand on fait quelque chose juste parce que ça nous plaît. En gros, c'est un mélange de stimuli extérieurs/intérieurs et je pense qu'il faut savoir prendre du recul sur soi-même et très bien se connaître pour être capable de relativiser (et c'est dur, de bien se connaître, enfin moi j'ai jamais trouvé ça bien difficile mais quand les autres trouvent que je suis "lucide sur moi-même" ils ont l'air surpris).

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  2. 2/2


    Pour ma part, je pense que j'aurais beaucoup de mal à travailler professionnellement avec mon amoureux (en même temps, j'ai pas d'amoureux, donc c'est qu'une supposition mais je la fais parce que précisément je me connais bien). Pour moi il y a le travail, et il y a la vie privée. Parler travail autour du dîner aux chandelles non merci x) C'est un peu pareil que les sportives entraînées par leur mari, ou ceux entraînés par leur frère, ou père, ou qui que ce soit de la famille : l'angoisse absolue ! Je pense que j'ai besoin de cloisonner. Ce qui permet aussi de voir beaucoup plus de monde différent et de pas parler toujours aux mêmes personnes !

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