Anha

With pretty stories for which there's little good evidence Sea of Tranquility tendrils of gossamer clouds decipherment courage of our questions.

@eikomania.me

L'écriture m'a aidée à me sortir du harcèlement scolaire.

@eikomania.me x Anha S.L


L'amitié, c'est compliqué .

Ce qui me raccrochait à la vie, c'était le fait d'avoir une vie sociale et d'être aimée lorsque j'étais au lycée. J'avais envie d'être l'héroïne de l'une de ces séries un peu teenage et de vivre la même vie que Lindsey Lohan dans le fameux film Lolita, Malgré Moi. Être l'outsider un peu maladroite, jolie, incomprise mais qui va faire chavirer le coeur du gars le plus populaire de la classe était une sorte de rêve. Je lisais autrefois Teemix, le site web pour les adolescents (et pas que d'ailleurs) où tu pouvais faire des tests et trouver des réponses à tes interrogations les plus intimes. Alors oui, pendant l'été de seconde, je les ai tous fait et j'avais même scénarisé toute mon année, ou plutôt du moins mon début. Mais malgré tous les films que tu peux te faire des plus excentriques aux plus romantiques, rien ne se passe comme prévu ! CQFD. 

En première, j'avais senti comme un vent de renouveau : nouveau physique, nouvelle classe, nouveaux camarades et retrouvailles avec d'autres et surtout nouvelles histoires (d'amour). Alors oui, l'amitié comme l'amour, c'est compliqué, surtout à nos âges. On ne sait pas dans quelles directions prendre et quelle va être la finalité de tout ça. Donc, j'ai voulu être "populaire", comme la plupart des lycéens. Du coup, niveau personnalité, je ressemblais davantage à une copie carbone assez caricaturale de ces filles américaines, mais c'était pour la bonne cause. J'avais 14 ans trois quart et c'est vrai que je me construisais petit à petit. Mais mon attitude un peu introvertie est revenue au galop. Conclusion : je me suis faite bouffer par les filles et certains mecs de ma classe et je n'arrivais plus à trouver ma place. Les amis que je croyais être biens pour moi ne l'étaient pas. Et je m'en rends compte dix ans après.

L'amour aussi a été compliqué ou plutôt inexistant. J'ai flashé sur un garçon – qui ressemblait à Robert Pattinson – et pendant toute l'année, je me suis posée mille questions avant de me jeter à l'eau et de lui dire un simple : "Salut, ça va ?". Mais nous n'avons jamais atteint ce stade là. La seule vraie et longue discussion que l'on a eu, c'était par SMS. Une fille de ma classe avait envoyé un texto à partir du portable du sosie de Rob' et lui avait laissé mon numéro au passage. Avec cette fille là, qui était une "pote", on avait tout prévu. Mais le mec a peut-être paniqué et a cru qu'on se payait sa tête. Alors que non ! Il a tellement cru à ce fait là qu'il m'a littéralement jetée et supprimée de Facebook (à l'époque, c'était la pire des sentences pour une ado !). Cette désillusion m'aura quand même poussée vers l'artistique et comme je le dis souvent, si ce mec n'avait pas eu une attitude froide et hautaine, je n'aurais jamais osé faire du cinéma, ni même le courage d'écrire des livres. Car oui, j'ai écrit mon premier livre – L'héritière de l'océan, un mélange de contes de fées et d'histoires fantastiques – pendant l'été qui suivait mon bac de français. Et je me suis dit après cette année catastrophique : Qu'est-ce que tu veux faire dans la vie ? Qu'est-ce qui te ferait plaisir et quel sens veux-tu lui donner ? 

J'ai réfléchi et j'ai trouvé... Mais la route sera semée d'embuches et incertaine si je m'aventure là dedans ! Cependant, j'ai rêvé tellement fort que j'ai osé réaliser ce rêve.

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@eikomania.me x Anha S.L.

L'écriture et moi : Mes personnages de papier, ceux qui me réchauffent le coeur. 

Il y a bien quelque chose qui me faisait plaisir et oublier les moqueries ou le harcèlement scolaire : c'était écrire. Imaginer, construire un univers, bâtir l'architecture de la ville, faire naitre des personnages, les imaginer physiquement, leur inventer des névroses ainsi que des problématiques à régler. Créer leur backstory, leurs péripéties, leurs histoires de coeur, de famille et surtout... détruire leurs rêves. 

Je ne sais pas si à 14-15 ans, ils étaient une sorte de défouloir pour moi. Je voulais sûrement les voir autant en galère que moi, les observer se dépatouiller dans cette jungle qui est la société et finalement, plus j'écrivais leur vie que je trouvais misérable, plus je les trouvais attachants. Et le pire, c'est qu'ils arrivaient à s'en sortir malgré les obstacles. Et je me suis dit qu'il fallait que je fasse la part des choses. J'arrivais à deux constats : 

- J'étais triste et je voulais quitter cette vie pour Paris. 
- Et en gros, je voulais être actrice de ma propre vie. 

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Être actrice de son film : entre le rêve kitsch et la réalité fracassante. 

J'y ai pensé lorsque j'avais treize ans. Je suis tombée follement amoureuse du film Le Petit Nicolas réalisé par Laurent Tirard. En 2010, j'ai enchaîné les séances pour voir ce film dans les salles obscures. Lorsque les lumières se rallumaient, à chaque fois j'ai été triste. Triste de quitter cet univers, ces personnages. Je voulais connaître la suite, de donner une seconde vie à ce film qui a tant fait chavirer mon coeur. Mon âme de petite collégienne venait de trouver une passion pour l'écriture cinématographique. J'ai retroussé mes manches et j'ai écrit. J'ai donné une version à mon père qui l'a lue en diagonale. Alors, j'ai pensé que mes idées étaient nulles. J'ai fantasmé sur le manga Nadja Applefields car l'identification avec l'héroïne était forte. J'avais un modèle auquel me raccrocher ainsi qu'une histoire qui m'enivrait et me permettait de rêver.

Au départ, je voulais être actrice pour vivre ma meilleure vie, être plongée dans une sorte d'utopie et de trouver the man of my life. Mais la réalité rattrape la fiction et la transforme parfois en dystopie. Être actrice ou acteur, c'est compliqué. Surtout quand tu es de nature timorée. C'est là où l'écriture est venue me prendre à nouveau par la main et je me suis dit : 

"Si tu veux jouer dans un film et passer haut la main les castings, tu dois renoncer à cette idée. Mais tu peux écrire et réaliser tes propres films pour jouer là dedans."

Finalement, je ne voulais pas être actrice, seulement être une protagoniste parmi tant d'autres qui allait reprendre sa vie en main et récupérer ses rêves jetés dans la poubelle située au fond de la classe vide. 


@eikomania.me x Anha S.L.


S'épanouir dans n'importe quel art peut apporter des solutions.

Je me suis intéressée aux témoignages poignants des gens qui ont été harcelés lorsqu'ils étaient inscrits dans le système scolaire. Et certains s'en sont sortis en s'épanouissant dans l'écriture, la peinture ou la musique. C'est une façon détournée et poétique de dire ce que l'on ressent au plus profond de nous. Ces arts là nous aident à aller mieux. D'une certaine façon, ils pansent nos blessures. Toute l'énergie que l'on a dépensé à essayer d'être "bien" aux yeux des autres, être dans la "norme" pour être aimé par ce groupe d'amis qui finalement n'a de plaisir qu'à dénigrer et réduire en cendres vos idées progressistes. Je suis passée par là. C'est difficile et compliqué de se faire comprendre et de trouver quelqu'un qui partage les mêmes passions ou les mêmes envies que vous. J'ai trouvé une personne de confiance – à l'époque – qui se prêtait au jeu et m'accompagnait dans mes projets. C'était même l'une des premières modèles que j'ai photoshootée pour mon ancien blog de lycée. Mais aujourd'hui étrangement, on ne partage plus rien. L'art comme l'amitié, c'est compliqué. Mais qu'est-ce que c'est enrichissant ! 

J'aime ces possibilités de créer des univers, de rencontrer des gens et de partager. Je pense qu'avant tout, ce qui réunit l'écriture et toutes les autres formes d'expressions, c'est le partage. On le voit bien sur les réseaux sociaux. Des filles devenues ultra côtées se sont faites harceler lorsqu'elles étaient ados. Elles se sont réfugiées dans les réseaux sociaux pour se faire des amis et être aimées en retour. Sur les réseaux, on peut avoir une communauté bienveillante avec qui on peut partager et échanger nos points de vue. C'est ce que je trouve intéressant. Le commun des mortels dirait qu'il y a pas mal de danger et de haine, mais ce n'est qu'une facette surmédiatisée de ces plateformes. Il y a beaucoup de bienveillance et d'amour, parce qu'il y a du partage et de l'entraide. 


J'ai écrit The Coolest Person I Know cet été car je voulais fêter les dix ans d'amitié avec mes amis du lycée mais également aider les gens qui vivent ce genre de situations. À travers 14 chapitres, je brosse le portrait d'une jeunesse qui a des rêves plein la tête et qui depuis la sortie du lycée, n'ont jamais tiré un trait sur leur passé. Le harcèlement scolaire laisse des traces énormes et a des conséquences irréversibles. J'avais envie de rendre justice à ces jeunes qui ont été blâmés et ghostés par la société, qui ont été maltraités ou incompris par le système scolaire... L'écriture permet de vider son sac et évite – apparemment – 25 ans de psychothérapie, mais elle aide les gens à aller de l'avant et de continuer à rêver. Donc, n'hésitez pas à communiquer votre peine à travers un quelconque art, le plus important n'est pas la forme, mais le fond. À travers cette oeuvre, personne ne verra une technique ou la maitrise exacte du pinceau, mais davantage l'âme que votre oeuvre dégage et qui dès lors reflète votre personnalité à part entière. À partir de là, vous avez déjà gagné.

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