Anha S.L

With pretty stories for which there's little good evidence Sea of Tranquility tendrils of gossamer clouds decipherment courage of our questions.

@eikomania.me

Le jetlag de l'âge : Sortir avec un homme de vingt ans son aîné.

@eikomania.me x Anha S.L


L'amour n'a pas d'âge, quand on aime on a toujours vingt ans !

Eh oui, cette histoire s'est produite. Jamais de ma vie je n'aurais cru que je connaitrais une love-story avec un mec beaucoup plus âgé que moi. À l'époque où mes copines de lycée fantasmaient sur des Terminales, des mecs à la Fac ou des profs, moi je préférais me plonger dans un bouquin et faisais en sorte de préparer mon plan d'évasion pour quitter ma Province. Légèrement choquée, je me disais ce qu'elles pouvaient trouver à ces personnes plus âgées. Limite, j'avais un dégoût mais surtout je me suis posée ces fameuses questions : 

- Avec tant de différence d'âge, comment vieillit-on ensemble ? 

- De toutes les façons, il y en a toujours un qui part en premier... Alors comment vit-on avec cette idée que l'amour n'est pas éternel ? 

Pour résumer : J'avais vingt ans et venais de rompre avec mon amoureux du moment qui était davantage focalisé sur son ex-copine japonaise. Je quitte Paris pour les États-Unis et je devais faire un road trip sur la côte Est en passant par Washington et en finissant par New-York. J'étais en année de césure. Après mon diplôme et mes trois ans passés en école de cinéma, j'avais envie de vivre pleinement ma vie. À Paris, je commençais à être triste et à mourir à petit feu, alors j'ai décidé de partir. Ça a commencé par Los Angeles puis par Dublin mais j'avais une certaine fougue et étais une droguée des voyages. Le destin fait bien les choses car on m'a donné la possibilité de voyager encore afin que je puisse travailler aux USA. Malgré ça, j'avais passé un horrible entretien avec une des responsables d'une école de production cinématographique (mais davantage spécialisée dans le journalisme) et avant de partir, j'avais écrit au moins une trentaine de lettres de motivation pour faire une alternance. En vain, car la passion du cinéma est revenue au galop. J'avais vraiment envie de faire mon premier long-métrage ! 

Et c'est à l'aéroport Charles de Gaulle que j'ai reçu un message venant d'une boite de production québécoise ultra bien côté dans le cinéma indépendant. Le producteur en question m'avait répondu et j'étais la plus heureuse. Je me suis dit qu'on m'offrait enfin la possibilité de voyager à Montréal qui était de base ma destination principale lorsque j'étais arrivée en fin de troisième année d'école. Je voulais partir au pays du froid alors que finalement, je suis partie en juillet, là où la canicule avait décidé de nous assommer. 

Dès mon arrivée à Washington, j'ai dit à mon amie qui m'a accueillie chez elle : "Je dois partir à Montréal. ". Alors que je devais revenir à New-York et rester chez un autre ami afin de pouvoir travailler éventuellement chez Google, j'ai pris un bus Grey Hound qui partait de Penn Station et par la même occasion, j'ai réservé un Air B'n'B situé dans le quartier d'Outremont. Je savais que c'était de la folie, que je n'aurais pas de deuxième chance. L'un comme l'autre, je devais saisir mon destin et il était lié au cinéma


La rencontre : un flirt d'été qui se résume à des chassés croisés. 

Je suis arrivée à Montréal sous la pluie et en plus de ça, je me suis faite arnaquer par un taxi. Décidément, ça commençait plutôt mal. Mais bon, j'aimais déjà cette ville qui m'apaisait. À l'inverse de New-York où les gens sont pressés, odieux et où tout va à deux mille à l'heure, Montréal m'offrait une bouffée d'oxygène. Parisienne et un peu bobo sur les bords, j'étais assez mal placée pour critiquer Big Apple mais bon... c'était le sentiment que me procurait cette ville. 

Trempée jusqu'aux os, je me couche ultra pressée de connaitre mon interlocuteur. On échangeait des mails quasiment tous les deux ou trois jours. Je me suis dit que je touchais enfin mon rêve du bout des doigts. Les québécois m'attiraient et m'intriguaient. C'est étrange, mais leur histoire est passionnante. J'ai une vraie passion pour l'Amérique du Nord et mes influences viennent de là-bas. 24 heures avant notre rendez-vous, il m'avait donné l'adresse aux Folies, un café un peu chic qui avait une terrasse. On sait tous que les terrasses intriguent les Québécois. Quand ils viennent à Paris, ils sont subjugués par le nombre incalculable de terrasses et de clopes jetées sur les trottoirs aussi

Je me rends au rendez-vous sous cette chaleur de plomb et attends patiemment le mec en question. J'ai peur de l'avoir fait fuir car étant autant bavarde dans la vraie vie que par mail, je me suis dit qu'il ne me considérait pas comme une réalisatrice professionnelle mais plus comme une débutante. Alors qu'en réalité, il s'en fichait. Il est venu avec sa tenue du dimanche, ultra coolax, bien loin des producteurs en costard ou en chemise. Tout était parfaitement cool. Il m'a payé un café et après on a filé dans un autre bar. On a pris quelques verres ensemble et il devait partir. Mais ce dernier voulait me revoir avant que je reparte dans mon Hexagone. Je me suis dit que je n'avais pas eu le temps de lui exposer totalement mon projet de long-métrage (ou l'envie de faire un stage dans sa boite afin de ne pas revenir en France et à devoir faire cette horrible alternance dans cette ville grise qu'est Paris). Après, il m'a tout de suite arrêté en me disant : 

"Non mais je ne peux pas te produire. Et si je le voulais, il faut que tu aies un producteur français pour actionner la co-production québécoise."

Bon ok. Au moins, personne ne me jugera sur le fait que j'ai flirté avec un prod pour faire de la promo canapé ou autre. Après hésitation, il m'a envoyée un message le lendemain pour me dire que son repas du soir était annulé et qu'il voulait qu'on se voit près du Belvédère car selon lui, la vue était très belle. (Dragueur, n'est-ce pas ?). J'ai accepté et après avoir fait les cent pas, j'ai fini par rejoindre cet endroit encore une fois sous la chaleur de plomb. Sauf ce qu'il ne m'avait pas dit, c'est que le Belvédère était une montagne ! Il y a même un Québécois qui m'a dit : "Tu vas mourir !". J'ai dû l'escalader et une fois arrivée au sommet, totalement en sueur (mate un peu le glamour, s'il te plait), il m'a tendu les bras de façon amicale comme si on se connaissait depuis toujours. En fait, il m'avait dit par messages qu'il venait me chercher mais au vu de ma connexion internet totalement nulle, je n'ai jamais reçu quoique ce soit. 

Le soleil tombe assez vite et la nuit de velours vient nous enlacer tendrement. On a bu du cidre et on est parti diner dans un restau vietnamien. Je ne sais pas s'il l'a fait exprès mais en tout cas, ça partait d'une bonne intention. On a fini la soirée dans un bar à vin et il s'est moqué de moi car je ne savais pas ajouter les tips sur la machine à cartes bleues. Il a dit à la serveuse : 

"T'inquiète, c'est qu'elle est française !"

Bon, je sais qu'il y a une petite guéguerre entre les Québécois et les Français. Mais ça reste un jeu assez sympathique et plutôt charmant. Après avoir bu notre liqueur enivrante, on devait se séparer. Mais il m'a enlacée dans ses bras puissants et puis ça s'est terminé en romance. Le coeur léger, je devais regagner la France. Dans mes valises j'emportais avec moi ce flirt et cet amour naissant. 

Sauf que les mois ont passé et que je n'ai jamais eu de nouvelles ou très peu. On se suivait sur les réseaux mais c'était tout. 

Paris, la ville où le temps s'arrête pour les amants.

Et un beau jour... Il me dit qu'il sera là à Paris. Heureuse comme jamais, je me dis que c'est l'occasion de mettre à plat nos sentiments. C'était au printemps 2018, il faisait bon et l'air était léger. Ce qui me faisait chaud au coeur était de le revoir après des mois d'absence. J'avais dit à ma mère que j'avais trouvé l'Homme de ma vie à plus 5800 kilomètres et qu'il allait me combler, qu'avec lui, j'allais fonder peut-être quelque chose de fort et de puissant

On s'est revu. Je me souviens qu'il m'avait donné rendez-vous près des Buttes Chaumont car il voulait les visiter. Limite, on s'est tombé dans les bras et là, il m'a avoué qu'il avait l'impression de me connaitre depuis des années. Notre complicité s'est renforcée et on a passé la soirée ensemble. C'était terriblement chouette sauf qu'au moment de se dire au revoir, j'avais le coeur en miettes. Romantique que je suis, j'avais envie de passer plus de temps avec lui, d'apprendre davantage à le connaitre et tout simplement apprendre à l'aimer. C'est marrant car la relation entre Céline et son mari René m'avait toujours plus ou moins interloquée et je me suis toujours demandée ce que ça ferait si je sortais avec quelqu'un de vingt ans de plus que moi. 

À Paris tout était magique. On aurait des amoureux transi un peu fous qui virevoltaient dans les rues parisiennes qui sentaient pourtant la pisse et le rejet en dioxyde. Je pensais qu'on avait franchi une sorte de "cap" mais entre temps, les sentiments se sont dilués et ont disparu. Tout ceci n'était qu'éphémère car lorsque nous nous sommes retrouvés à Toronto après le tournage de mon film en septembre 2018, il avait changé. Ou alors, je ne connaissais pas sa facette sombre et obscure. Je pense que lui, a fait le choix de vivre sa vie au jour le jour et de préserver sa liberté. Ce que je comprends totalement mais qui au final m'a pas mal bouleversée. 


L'amour en solitaire.

À Toronto, je voyais bien qu'il y avait quelque chose qui avait changé. Après, je lui trouvais des excuses car lorsque l'on présente des films en festival et qu'on doit courir à droite à gauche pour enclencher des projets et rencontrer des gens "importants", c'est crevant. Surtout quand on fait des soirées jusqu'à pas d'heure et que l'on doit enchaîner les "dates".  Cependant lorsque je suis revenue à Montréal pour un autre festival francophone (qui était mille fois plus sympa que le gros TIFF et où j'ai rencontré des superbes personnes), ça a confirmé mes doutes : Je l'aimais et l'amour était à sens unique

On était allé voir Cold War, un sublime film en noir et blanc qui a été primé au Festival de Cannes 2018, et pour mon anniversaire, il m'a invitée au restaurant. Tout est parfaitement normal. Mais, il a passé le plus clair de son temps sur son portable à communiquer avec ses amis alors que j'étais juste en face de lui et que cela faisait 2 mois que l'on ne s'était pas vu. J'étais persuadée que quelque chose s'était passée et qu'il ne voulait rien me dire, soit pour me protéger, soit parce que ce type était malhonnête que ce soit avec lui-même ou avec la vérité

Pour le coup, je me souviendrais toujours de mes 22 ans passés à Montréal. Au départ, je pensais que ça serait cool de passer son "Day 1" avec celui qu'on aime mais c'était manifestement ma fête (parce que oui, là-bas, on dit "bonne fête" au lieu de "bon anniversaire".) ! Tout au long du repas, il m'a balancée des piques comme : 

- Tu sais, tu devrais te trouver quelqu'un. 
(Alors que bon, notre relation n'est pas claire comme de l'eau de roche).

- Je trouve que tu es orgueilleuse et cynique.
(J'ai un humour noir doublé d'une joie de vivre...)

- Oh attends, y'a un ami qui m'envoie des photos du Japon.
(En réalité, c'était sa copine. Et je l'ai appris il n'y a pas longtemps...)

En gros, je n'écris pas ce témoignage pour le blâmer car nous faisons tous des erreurs. Ce que je lui reproche, c'est de ne pas avoir été franc. Il ne l'a pas été avec sa copine et moi. Je devrais écouter mon instinct premier et me dire que je ne devrais pas me jeter dans la gueule du loup ou de trouver sans cesse des excuses à cette personne. Je n'ai pas eu le fin mot de l'histoire mais tout ce que je sais, c'est qu'il a joué sur les deux tableaux et que tout ceci est vraiment moche. 

Sachant qu'un an plus tard, il était de passage à Paris avec sa copine (qui est accessoirement son assistante) pour la promo d'un film et le tournage d'un clip. Son souhait était de me voir et de prendre un verre. J'ai décliné son invitation et après ce vent monumental que je lui ai infligé, malgré ses rares textos, je ne lui ai jamais répondu. 

Le film que l'on a vu à Montréal, c'était nous. C'était notre film, on s'était plus ou moins vu à travers cet immense écran. Sans faire de mise en abime ou de métaphore, je pense que Zula et Viktor, ces personnages qui ont un destin et une fin tragique signaient notre mort. La mort d'un amour qui n'a quasiment pas existé, qui n'était fondé que sur de la passion et encore ! Pour cette dernière soirée passée ensemble, on avait traversé l'écran et on connaissait déjà la fin du scénario.

Avant de partir de Montréal et que nos chemins se séparent, je me souviendrais toujours de l'avoir pris dans mes bras et de l'avoir serré fort car je savais que nous nous reverrons jamais. Être prise pour une idiote, ça fait mal. Se faire des films et effectuer des plans sur la comète également. Ses dernières paroles étaient : 

- On a quand même une relation particulière.

Avant, il m'a avoué avoir eu pas mal de filles dans sa vie. Qu'en 20 ans de temps, il s'en était passé des choses. Alors combien de fois, a-t-il sorti cette phrase ? Je n'en sais rien et je crois que je préfère laisser le mystère planer afin de conserver uniquement la magie de nos moments passés. Il a été pendant deux ans et quelques, une sorte de parenthèse enchantée qui m'a prouvé, au final, que tout était possible dans la vie

Il faut se rendre à l'évidence : Il y avait trop de kilomètres, trop d'années, trop de sentiments, trop rencontres qui nous séparaient. On dit que le cinéma rapproche les âmes mais ils les séparent sans remord. Le temps fait son travail et efface, malgré nous, nos souvenirs. D'avance, on savait déjà qu'on était foutu ! 


Commentaires

  1. Incroyable cette histoire, que de "rebondissements" !

    http://constancerose.fr/

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  2. Je trouve ton témoignage très touchant !
    Je pense que dès le début lui n'avait pas du tout l'intension d'avoir une relation sérieuse avec toi, et qu'il t'a un peu "abusée".

    Comme toi, je trouve ça un peu bizarre les différences d'âge, un peu... je suis un peu mal à l'aise. Après, je suis assez "stricte" sur les différences d'âge parce que le trouve que 5 ans c'est déjà énorme x) (après ça dépend à quel moment de la vie aussi, genre 15-20 ben t'es pas au même moment dans ta vie et tu ne cherches pas la même chose, pareil 25-30 ; alors que 40-45 normalement t'es à peu près au même point (casé avec un boulot par exemple) du coup la différence d'âge se ressent moins).

    C'est marrant que tu publies cet article parce que cette nuit ou hier, j'étais à moitié dans le brouillard et je me suis dit : si la différence d'âge est trop grande y en a un qui clamse en premier et je trouvais ça triste (mais mon cœur est fragile en ce moment xD).

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    1. Oh, merci ! Ça me touche beaucoup. Merci d'être abonnée à mes écrits et de débattre avec moi. En ce moment, moi aussi, je suis un peu à fleur de peau pour diverses raisons... Du coup, j'ai tendance à me lâcher dans mes articles mais je crois qu'en faisant ça, j'évite 25 ans de psychothérapie aha !

      Oui effectivement, tout le monde m'a prévenue mais vu que je suis une passionnée et une vraie tête de mule, j'ai plus écouté le coeur que la raison... malheureusement.

      Jamais de ma vie je n'aurais cru vivre ça, sérieusement. 20 ans enfin 19 ans trois quart, c'est juste énorme. On vit sur une ligne de vie totalement différente et sur le long terme ça aurait été impossible. Mais ce qui me peine, c'est d'avoir été prise pour une idiote. Mais je crois que c'était le destin cependant je ne suis pas du tout certaine de recommencer aha ! Et c'est clair que 5 ans, c'est déjà pas mal du tout ! Ça dépend après de ta maturité, de ton projet de vie etc... Il faut tout de même être en osmose avec la personne et ce, à n'importe quel âge :)

      Courage pour ton coeur, si tu as envie de discuter, lâche un comm' ;) ou un mail pour le côté plus perso.

      À bientôt :)

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    2. Ça se sent que tu te lâches mais tu sais, si les lecteurs ont un peu de bienveillance (ce qui n'est sans doute pas si rare) ils comprendront et passeront outre pour lire le fond !

      Des fois, ça fait du bien d'écouter son cœur puis je pense que ce genre d'expérience permet aussi de rééquilibrer la balance. Le plus souvent on a tendance à plus écouter l'un que l'autre, du coup quand on se met tout à coup à écouter l'autre il peut se passer des trucs pas très bons. Mais d'un autre côté ces expériences permettent de redoser chaque côté, donc c'est pas plus mal (surtout que là les déconvenues sont assez minimes, au final ça aurait pu être bien pire quand on y pense), comme ça tu seras parée pour la prochaine fois :)

      Exactement ! :)
      Enfin, je dis ça mais c'est de la théorie, j'ai jamais été en couple et je suis jamais tombée amoureuse xD

      Haha c'est gentil, mais pour le moment ça va, je me suis déjà pas mal lâchée sur mon blog il y a quelques temps !

      À bientôt :)

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