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Les Garçons Sauvages : Le shot psychédélique de Bertrand Mandico.



À la fin du premier visionnage du film, je suis restée assise dans mon canapé en me demandant ce que je pouvais bien dire sur « Les garçons sauvages », premier long métrage de Bertrand Mandico. Une rivière d’images traversait mon esprit, des sons se répercutaient encore sur les parois de mon crâne, je savais que j’avais vécu quelque chose mais les mots pour l’exprimer ne sortaient pas.

Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico nous invite dans une odyssée fantasmagorique qui retrace l’histoire de cinq jeunes adolescents de bonne famille qui à la suite d’un meurtre sauvage vont être confiés au Capitaine censé les ramener sur le droit chemin. Au cours de leur périple, ils vont s’échouer sur une île à la végétation luxuriante et aux arômes du plaisir. Symbole, rêve, sexualité, jeu du réel et de l’irréel arpentent ce premier long métrage en nous berçant dans un univers hors du commun. Le film transporte le spectateur sur un océan cinématographique authentique et empreint de style qui casse avec le côté cartésien trop souvent visité au sein du septième art français. Bertrand Mandico nous plonge dans son récit organique bourré de références et pourtant si inaccoutumé en nous laissant une totale liberté d’interprétation. Il déclenche une magie onirique qui vient s'épanouir dans notre imaginaire grâce à ses effets spéciaux fait sur le tournage. L'hybridation des techniques qu'il utilise avec notamment la rétroprojection nous renvoi à un cinéma plus ancien en gardant pourtant un aspect très moderne et la couleur vient ponctuer le film en noir et blanc argumentant ainsi l'aventure de la narration. Une aventure qui est enveloppée par un travail sonore rayonnant : ambiances aux intensités et aux dynamiques variées, couches de bruitages travaillées et pitch des voix féminines pour les rendre plus masculines avant de leur rendre leurs véritables tonalités. Sans parler des musiques qui accompagnent à merveille le récit. Bertrand Mandico est un réalisateur qui s'intéresse au son et ça se ressent ! La bande son constitue à elle seule une histoire et peut s'écouter indépendamment de l'image ce qui promulgue la force de l'âme du film lorsque l'image et le son fusionnent.




Le cinéma de Bertrand Mandico n’est pas définissable et ne s’inscrit pas dans un genre fixe. Il n’est pas lisse, bien au contraire, il palpite de vie. C’est un cinéma qui part conquérir et enchanter des tornades d’idées avant de s’envoler au-delà des frontières en effaçant toutes les barrières. Il se libère des limites qui nuisent et ruinent l’originalité, la fantaisie et le caractère pour donner naissance à son imaginaire. « Les garçons sauvages » en est un parfait exemple et apporte un souffle rafraichissant, extravagant et plein d’audaces au répertoire cinématographique de l’année. Ce n’est pas un film qui s’ancre dans l’ordinaire mais c’est la vision d’un voilier qui parcourt son propre océan en se laissant glisser sur l’écume mystérieuse de vagues chimériques et créatives.

Ce film antinaturaliste ne cherche pas à recréer une réalité fidèle et réaliste, au contraire, il s’ancre dans un côté surfait et assume le fait d’être un film de cinéma et c’est ce qui va faire vibrer le côté réel qu’il détient. Ce paradoxe mêlant l’aspect réel au surfait est loin d’être le seul car, des paradoxes, Bertrand Mandico en a truffés l’expédition des garçons sauvages. Et ça commence déjà avec l’ambiguïté du lien entre le masculin et le féminin qui fleurit dans le récit. Les protagonistes sont joués par des actrices, tour grandiose qui rompt au passage les stéréotypes des rôles féminins et ouvre un nouvel espace de jeu aux femmes. Les attributs féminins sont gommés avec les costumes, les cheveux sont coupés, la posture est travaillée et si nous ne connaissons pas le casting, notre esprit se persuade du genre masculin des actrices. Alors que les garçons vivent l’âge d’or de l’adolescence et sont en pleine recherche d’eux-mêmes, l’atmosphère du récit porte notre esprit sur des flots d’ambiances puissantes qui vont atterrir sur une île où la flore est abondante et hypersexuée. L’extase de ces plantes aux formes de phallus ou de sexe féminin entraîne les garçons dans une rafale jouissive. Ils se laissent aller aux plaisirs de la chair avec cette végétation érotique et s’enivrent de l’extase qu’elle leur procure. Les garçons vont alors peu à peu se révéler et se métamorphoser en femmes à l’exception de Tanguy qui restera dans un entre deux, n’acceptant pas pleinement ce changement de sexe ainsi que l’abandon de sa masculinité. Et lorsque les autres, dont la personnalité s’est épanouie par le biais de leur transformation, décident de quitter l’île pour rejoindre les terres porteuses d’habitants, Tanguy reste sur l’île. Va-t-il rester dans un entre deux ? Qu’est-ce qui a bloqué la transition du masculin vers le féminin ? Est-ce le fait de vouloir rester homme ou plutôt le fait de ne s’être pas encore trouvé ?



« L'avenir est femme, l’avenir est sorcière » et leur métamorphose est tissée de ces liens magiques avec un rapport à la poésie qui dessine une tournure surnaturelle autour d’un être et de ce qui le constitue. Ce rapport ne cesse de jaillir à la surface sur l’ensemble du long métrage à la manière d’un éclair mystique. Chaque détail, chaque parcelle du récit est donnée dans le seul but de faire éclore un nombre incalculable de questions dans l’essence de notre intellect afin que nous soyons de plus en plus captivés par l’intrigue. Cette réflexion nous amenant de spectateur « passif » à acteur du film d’où cette sensation indéniable de ressortir du visionnage avec la sensation d’être remplie d’une nouvelle expérience.

« Les Garçons sauvages » de Bertrand Mandico n’est pas seulement une histoire mais un récit vivant. C’est une traversée au cœur d’un fleuve sonore et visuel plein de personnalité et de prises de risques. La recherche du « bon goût » est oubliée pour permettre d’oser la naissance de nouvelles idées artistiques et entraîne le spectateur dans un voyage où il se retrouve libre interprète. Le film sème en son observateur un tumulte de questions qui l’invite à un nouveau visionnage au sein de ce cinéma en mouvement qui surpasse les frontières.



Critique de film réalisée par Anouk Meissner.
Mise en page par Anha S.L.

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