Anha

With pretty stories for which there's little good evidence Sea of Tranquility tendrils of gossamer clouds decipherment courage of our questions.

@eikomania.me

Matthias & Maxime : Le sommet des amitiés divergentes.


Perdre quelqu'un qu'on a aimé est terrible, 
mais le pire serait ne pas l'avoir rencontré.


Xavier Dolan nous offre une histoire d'amitié crève-coeur pour son 8ème long-métrage. Il a 30 ans, angoisse sûrement pour l'avenir et se pose mille et une questions. On se pose tous des questions à travers les différentes étapes de notre vie. L'amour, le travail, l'ascension sociale... Ce sont des normes qu'il faut franchir avec brio avant que l'on nous marginalise et que l'on nous mette dans des boites. Mais dans ce monde où les sentiments ne sont conjugués qu'au présent et où l'instantané rime avec lassitude du moment, on ne sait plus trop comment aimer les autres ou apprécier ces instants purs entre amis. On ne sait même plus comment différencier nos vrais amis de notre liste d'amis Facebook. Xavier voulait rompre avec ce monde trop technologique où les "like" sont signe de popularité ou d'amour 2.0. Il met en scène un duo de meilleurs amis d'enfance, Matthias et Maxime, qui sont à l'apogée de leur vie et se trouvent aux antipodes. L'un est un avocat à en devenir et l'autre, barman, qui veut partir en Australie pour pouvoir se trouver. Matthias est dans cette routine pesante et morne malgré le fait qu'il réussisse tous les objectifs que l'on lui a tracé : avoir une petite amie, un métier prestigieux qui gagne bien, une mère affectueuse et un père aisé mais absent. À l'inverse, Maxime a une mère toxique, violente, instable qui ne vit que pour l'argent, un frère absent et personne qui ne partage sa vie un brin rimbaldienne. Mais parfois, même si tout nous oppose, on sait s'aimer malgré nos différences et on essaye de s'accrocher à nos souvenirs pour pouvoir bâtir, ensemble, notre futur. Mais parfois, une phrase, un mot, un geste anodin peut faire chavirer non seulement les coeurs de nos protagonistes mais également une histoire d'amitié qui date depuis la nuit des temps. Les relations humaines ne tiennent qu'à un fil et c'est ce que ces trentenaires vont devoir affronter car lors d'un pari engagé par l'un de leurs amis de longue date, celui de s'embrasser pour les besoins du film étudiant de la petite soeur de ce dernier, va déclencher une remise en question profonde.


L'amitié, c'est l'un des thèmes que Xavier a su mettre en oeuvre de manière poétique et sincère. Je trouve que c'est son film le plus "honnête", le plus pur, sans artifice, sans plan qui se veut époustouflant car les scènes entre amis suffisent pour que le film soi lui-même ébouriffant. Chaque séquence est magnifiée par l'incroyable photographie d'André Turpin qui connait par coeur les intentions de son réalisateur. Pour moi, il expose ses peurs, ses déceptions, ses désirs d'être aimé à sa juste valeur et d'être accepté pour ce qu'il est réellement. Il est difficile de livrer ses sentiments à coeur ouvert dans ce monde de plus en plus normé et où aimer est considéré comme une faiblesse. J'ai l'impression que l'on ne sait plus comment aimer, communiquer, s'enlacer sans arrière pensées. Comment se construire dans un monde qui se détruit jour après jour ? Comment faire confiance à ses amis de toujours alors qu'une petite étincelle déclenche un feu de camp qui vient ronger les tresses de l'amitié en un claquement de doigt sous nos yeux remplis de larmes de douleur ? Avec la technologie, un seul geste permet de bloquer et de supprimer une personne de nos vies. Mais que ressentons-nous réellement à cet instant ? Du soulagement ? De la tristesse ? De la rancoeur ? Un peu des trois. Généralement, lorsque l'on donne tout à quelqu'un et que l'on a rien en retour ou que l'on est dans une relation à sens unique, la chute peut être violente et les non-dits ravageurs. La scène ci-dessous qui illustre ce post pose la situation initiale et montre la complicité entre les deux jeunes hommes. Sous un soleil automnal, ils passent du bon temps avec leur bande d'amis avant de reprendre chacun de leur côté, le cours de leur vie bien opposée. On sait que Maxime - incarné par Xavier lui-même - veut fuir en Australie pour s'échapper de ce monde où il ne trouve pas sa place. Malgré l'amour de ses amis, il se sent comme un étranger parmi eux. Il n'a au final qu'un seul pilier, à savoir Matthias, qui pourrait le retenir et le faire changer d'avis. Après ce baiser expérimental, il y a cette tension tout au long du film. On veut savoir lequel des deux va avouer ses sentiments, assumer l'attirance et l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre et peut-être rompre avec leurs vies sous convention. Il suffit de voir la vie à travers un prisme différent pour qu'elle soit plus simple, plus joyeuse. Je ne connais pas une seule personne qui ne s'est pas sentie délaissée à un moment de sa vie - à savoir le moment où elle en a le plus besoin - par quelqu'un d'important. Parfois, on est juste les pansements des autres mais c'est à cet instant-là où l'on se demande qui va panser nos blessures, qui va prendre le temps de nous comprendre. Et j'insiste sur l'expression "prendre le temps". C'est vrai, on n'est pas sérieux quand on a 17 ans. Même à 20, à 25 et à 30 ans. On ne cesse d'apprendre et de tomber. On attend juste peut-être quelqu'un pour nous aider à nous relever et nous tendre la main pour affronter les horreurs de la société.





Matthias et Maxime réalisé par Xavier Dolan - © 2019



Critique par Anha S.L.


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