#1 - Quand j'avais 20 ans : Émilie Marcadé, rêveuse inconditionnelle.

© Charlie Laigneau


Je reviens en ce milieu de semaine pour vous dévoiler la toute première interview sur Eikomania. En effet, c'est un projet que j'ai longtemps rêvé de faire parce qu'au cours de mes nombreux voyages à travers le monde, j'ai eu l'occasion de rencontrer des personnes fantastiques au destin extraordinaire et je me suis toujours dit que c'était bien dommage de ne pas les avoir interviewé et de les avoir capturé dans mon appareil photo. 


Émilie Marcadé, jeune artiste multi-fonction : actrice, réalisatrice, chanteuse et surtout rêveuse inconditionnelle, s'est prêtée au jeu et a livré avec sincérité ses impressions sur son passé, son présent et son futur. De comment elle s'est construite au fur et à mesure du temps pour enfin devenir la jeune femme qu'elle est aujourd'hui. Rencontrée à Montréal, ville où elle réside à présent, en 2018 lors du Festival Cinémania, nos chemins se sont croisés et je découvre à travers ses réponses, une artiste déjà affirmée au coeur tendre et qui garde précieusement ses souvenirs pour en faire quelque chose d'artistiquement intéressant et unique.






C'était quand tes 20 ans ? 

Mes 20 ans, c’était il y a cinq ans. J’étais en dernière année de licence « Études Cinématographiques » à l’Université de Montréal. À côté, je préparais mes auditions d’école de théâtre au Québec et je m’entrainais pour deux pièces dans lesquelles je jouais avec deux troupes distinctes. Je pense que je faisais plus d’heures de théâtre par semaine que de cours de cinéma ! Et je commençais à faire de l’improvisation théâtrale. En fait, à mon arrivée à Montréal à 17 ans, je testais pas mal mes limites… je sortais beaucoup, je découvrais des nouvelles personnes, certaines plus bienveillantes que d’autres. Je découvrais une certaine liberté dans le fait de vivre seule et de faire ce que je veux quand je veux. À 20 ans, je me suis calmée. Heureusement ahahah ! J’avais mon copain, la conscience de mon avenir en jeu, et l’envie profonde d'avancer.



Quel genre de fille étais-tu ?

Petite, bien que je jouais principalement aux kaplas et aux petites voitures plutôt qu’aux Barbies, je me prenais pour une princesse à la maison ! De plus, j’étais… rêveuse, j’aimais amuser la galerie, je faisais facilement le clown. En fait, je dirais que j'étais un heureux mélange entre une enfant très timide qui n’aime pas la compétition et préfère partager avec les autres, et une boule d’énergie spontanée qui fonce tête la première dans tout ce qu’elle veut faire même si cela lui fait peur. Le cinéma et la scène me faisaient rêver déjà. Cette possibilité d’être un porte parole d’idée, de morale constructive à transmettre, et cette possibilité de transformer ou montrer la réalité sous ma propre forme m'appelait.


© Charlie Laigneau


Qu'est-ce qui te faisait rire et t'inspirait ? 

Humainement parlant, j’étais très proche de mon petit frère, et on faisait toujours les pîtres ensemble. On était inséparable. D’ailleurs, c’est toujours lui qui se faisait fâcher par mon père. Je m’en tirais bien ! Le pauvre… ça aurait dû être 50/50. On en rigole toujours aujourd’hui. Je pense que notre relation très fusionnel et joyeuse a inspiré mes relations amicales par la suite. En terme de films, mon père nous a transmis tout jeunes la culture « Louis de Funès ». J’adorais l’imiter et ses films qu’on regardait toujours en famille étaient un vrai monde imaginaire dans lequel me plonger.



Ce qui te mettait en colère ?

Ce qui me mettait en colère, c’était principalement l’injustice et les personnes qui avaient de mauvaises intentions. C’est encore le cas aujourd’hui et ça déteint beaucoup sur ce que j’écris dans mes projets artistiques. Je n’ai jamais compris la méchanceté gratuite et c’est ce que je redoutais le plus à l’école. Je me souviens notamment de ma meilleure amie à l'école en 6e qui a complètement retourné sa veste pour être avec une autre fille. Elles m’envoyaient des lettres méchantes et insultantes en mon égard. De vraies pestes. Quand on est petit, on ne se rend pas compte que ce n’est pas nous le problème. Cela dit, adulte aussi parfois, mais c’est un autre sujet… Et ça, ça me fâche beaucoup encore aujourd’hui ! J’aurais aimé avoir la conscience de me protéger moi et les autres. Enfant, on fini par penser que l’on doit  probablement le mériter.


Qui étaient tes modèles ?

Mes modèles… J’admirais beaucoup mes parents. Je disais à ma maman que je resterais toute la vie à habiter avec elle… thanks god, j’ai grandit depuis ! J’étais aussi une grande fan de Priscilla et des soeur jumelles Olsen. Je connaissais toutes les musiques par coeur de Priscilla, ses clips aussi, et j’écoutais régulièrement la cassette de son concert à l’Olympia. En ce qui concerne les soeurs Olsen, je voulais avoir une jumelle, que je cherchais dans les quatre coins du monde sur internet. J’avais besoin d’un miroir avec moi. D’une sorte de présence qui affirme mon existence et mon droit d’être importante. Dans mes musiques, poèmes, et films aujourd’hui, mes textes sont beaucoup liés à la notion de miroir, de reflet, de tableau entre deux personnes. Enfin, je dirais que durant mon adolescence, ma soeur a été un grand modèle pour moi. On se ressemblait physiquement et j’adorais dire oui quand les gens nous demandaient si on était jumelle. Elle répliquait en disant qu’elle avait 3 ans de plus que moi. C’est drôle de voir à quel point l’humain a le même corps, les mêmes organes, les mêmes émotions mais à des degrés et dimensions différentes… Ces dimensions sont invisibles, impalpables. Elles font parti de l’énergie de la personne. Je trouve cela fascinant.

© Alpha Dae

Gardes-tu un bon souvenir de l'école ?

L’école ? J’avais des périodes ou j’adorais y aller, et d’autres ou j'avais très peu confiance en moi et durant lesquelles j'avais peur de déranger les autres dans la cours de récréation. J’avais pourtant des amis, mais cette impression de vouloir devenir invisible pour ne pas déranger était très présente. Je travaille encore là-dessus aujourd’hui bien que je ne sois plus la même personne. Gros câlin a moi enfant !


Avais-tu un fantasme de réussite, totalement fou ou impossible pour le futur ? Comment envisageais-tu  l'avenir ?

Déjà en primaire, je rêvais d’être actrice. C’était de loin mon plus grand fantasme ! Alors j’imaginais que tout allait se faire du jour au lendemain ! Anecdote drôle ! Je me rappelle que je rêvais en classe qu’une amie de ma mère actrice de profession vienne dans la salle de classe en demandant à la maîtresse de me prendre d’urgence pour un rôle dans un film… Oh si mignon, je veux me faire un câlin à moi petite! Encore ! GROS CÂLIN ! En fait, je croyais beaucoup au fait que la vie se traçait d’elle même, que j’allais trouver l’homme de ma vie à 20 ans, que j’allais être actrice très jeune, comme si tout se faisait tout seul. Aujourd’hui, je vois bien que les choix que l’on fait dans nos vies ont un impact direct sur notre futur. Artiste, c'est un métier dans lequel il faut se donner corps et âme. Cela prend du temps à se construire car en même temps, c’est sa propre conscience du monde qui se construit.

© Charlie Laigneau


À quoi ressemblais-tu à l'époque ?

Petite, j’avais un caractère très similaire à celui que j’ai aujourd’hui. Seulement, mes faiblesses de l’époque sont devenues mes forces et la raison d’une conscience de bienveillance et d’amour que je chéris au mieux. Mon passé m’apprend aujourd’hui à être bienveillante avec les gens pour n’écraser personne, du moins consciemment. De toute façon, « les gens blessants sont des gens cons » ! C’est le nom d’un de mes textes dans lesquels j’exprime une compréhension de cette peur du jugement des autres. Créativement, j’ai commencé à jouer du piano à 6 ans, du théâtre à 9 ans, et de la danse à 10 ans. Ce pense que ces activités m’ont permis d’acquérir une conscience de l’expression de mon corps. Et physiquement, petite, j’étais très blonde, avec les cheveux longs, j’avais le même petit nez en trompette qu’aujourd’hui… Ahaha, on ne change pas une équipe qui gagne !


Qu'est-ce que tu dirais aujourd'hui à la personne que tu étais à 20 ans ou à l'enfant que tu étais ?


Je pense que j’ai toujours eu la passion, la spontanéité, et le travail, pour avancer et passer à l'action. J’ai également un côté anxieux qui me fait beaucoup douter sur l’avenir, sur qui je suis, et qui joue en ma confiance en moi. Tout le monde doute, c’est ce qui permet de se poser les bonnes questions. Je repense beaucoup à la petite fille que j’étais du haut de mes 6 ans, qui avait déjà cette passion artistique entre les mains et qui n’avais qu’une seule hâte : avec sept ans et devenir grande et pouvoir faire ce qu’elle veut. À cette femme de 20 ans et à moi enfant, j’ai envie de dire : tu vois, tout a bien été, tu PEUX relaxer. C’est grâce à ta foi et au fait d’avoir pris tes actions en main que tu en es là aujourd’hui. Alors, tout va bien et tout ira toujours bien.

© Charlie Laigneau

Les musique, albums ou films qui t'ont donné envie de faire ce que tu fais aujourd'hui ?

Le film qui a confirmé mon envie de faire du cinéma est de LOIN, Mauvais sang de Leos Carrax. C’était un coup de poignard au coeur. Chaque plan, chaque son, chaque mot est poétique. L'image parle d’elle même et a un sens très concret et peut-être distinct pour chacun d’entre nous. Autrement dit, chaque image a un sens personnel et te bouleverse. C’est un film qui entre à l’intérieur de toi.  Je suis émue à en parler encore aujourd’hui. J’aime beaucoup la reproduction de la réalité brut, humain, naturel, de la vie quotidienne… C’est pour cela que j’aime tant les films de François Truffaut, et d'Abdelatif Kechiche. Pour les musiques, ce sont les chansons « Y’a les mots » de Francine Raymond  et « Les gens qui doutent » (La reprise d’A. de la Simone, J. Cherhal, et V. Delerm).  Ensuite, la découverte de Pomme et Ben Mazué ont influencé mon envie de faire de la musique. Ces musiques ont toutes en commun l’importance des mots.



© Clip réalisé par Émilie Marcadé

Quels tips donnerais-tu aux lecteurs pour qu'ils regardent davantage vers l'avenir que vers le passé ?

Être dans le moment présent. Faire ce qui leur fait plaisir à chaque seconde. Savoir être honnête avec soi concernant ses peurs, ses passions, ses rêves, ses qualités et ses défauts. Je dirais aussi que la concentration a un pouvoir énorme sur l’humain. Ton corps est rempli d’énergie, à toi de décider où la mettre en utilisant la concentration. Je pense aussi qu’il est rassurant d’apporter humour et légèreté aux évènements. Car l’important n’est pas ce que tu vis, mais plutôt la manière dont tu décides de le vivre.

Sur le plateau d'un court-métrage poétique.
© Whitney Norceide





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2 commentaires

  1. https://www.eikomania.com/2020/05/1-quand-javais-20-ans-emilie-marcade.html

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  2. Oooh wow I can relate to being a different person back then. It is great to see some self-transformation over the years!

    Nancy ♥ exquisitely.me

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