It's Only Words : Cyberharcèlement


Ce ne sont que des mots, des photos, des images sur un réseau virtuel.

Voilà, c'est le sujet qui fâche. Je pense en faire plusieurs épisodes avec d'autres témoignages et séries photographiques car le cyber harcèlement touche absolument tout le monde. Surtout cette génération qui a grandi sur Internet et avec l'évolution des réseaux sociaux. Le sujet est vaste et on ne sait pas par quel bout commencer. Mais de ce que j'ai pu remarquer, le harcèlement commence bêtement. Juste une petite phrase, un petit mot déplacé ou mal-compris. Et après, c'est l'avalanche de critiques haineuses.



Back to 2008


J'ai vécu ça, il y a assez longtemps déjà, c'est à dire, il y a un peu plus de 10 ans. On grandissait avec Skyblog, MSN, Yahoo, MySpace. On essayait de comprendre les mécanismes du blogging et de la communication. J'étais quelqu'un d'introvertie, j'avais peur des autres à l'école car je souffrais d'une phobie scolaire, ce qui était une frontière énorme à la socialisation. Pour moi, c'était un bloc de béton armé, je n'arrivais pas à parler aux gens. J'étais totalement invisible, une personne que tu sélectionnes en dernier pour composer ton équipe de hand-ball. Depuis l'enfance, j'ai senti ce vide intersidéral, cette mise à l'écart du groupe, celle qui observe plus qu'elle n'est intégrée. J'ai découvert Internet et ça a été mon échappatoire. Ma mère m'avait acheté une clé faisant office de modem et un petit ordinateur portable blanc. Pendant des jours, j'étais obnubilée par cet outil de création, de communication, de liberté. On s'inventait des vies sur LaCartoonerie.com, on créait des choses, des univers, on pouvait écouter de la musique en illimité. Bref, c'était mon moyen de me sentir vivante. J'avais 11 ans, et j'avais envie de m'affirmer en tant qu'être humain. Parce que lorsque je fermais l'écran de mon laptop, je me sentais encore plus seule. J'avais des amis, certes, mais c'était aléatoire. On s'engueulait plus que l'on ne s'appréciait. Ah, l'adolescence, cet âge bien ingrat. 



Le début de la fin 



J'avais donc envie d'attirer l'attention des gens, de passer de l'autre côté de l'écran, et à cet âge-là, on se cherche. Donc, j'envoie des petites piques à un garçon de un an de plus et que je connaissais depuis presque 3 ans. Je ne sais plus exactement ce que je lui ai dit, mais ce dernier a pris la mouche et m'a bloquée. Je lui ai donc envoyé un mail pour m'excuser mais ce dernier ne voulait pas les accepter. Et là, je me suis dit que ça serait le début de l'enfer à l'école. Ça n'a pas manqué. On m'a beaucoup charriée quotidiennement, on m'a même piégée un week-end pour connaitre le nom du mec que trouvait mignon, en gros, mes "harceleurs" s'étaient fait passer pour des anciens élèves de mon ancienne école et m'ont limite menacée si je ne leur disais pas ce nom... Mais surtout, ils ont même crée un blog pour critiquer mes origines en mettant en scène des descriptions caricaturales et les différents drapeaux de mes pays. Le virtuel a pris le dessus sur la réalité. Et c'était horrible. On me disait que c'était de ma faute et que malgré mes excuses, je l'avais bien cherché. Je me suis mis pas mal de gens à dos, mais la roue a tourné et j'ai trouvé des personnes dans les classes supérieures qui m'ont prise sous leurs ailes. J'ai senti du réconfort. Et puis un jour, l'un des harceleurs m'a même transmis l'adresse car il s'est lassé et a trouvé ça lâche de s'acharner sur moi comme ça. Le groupe de garçons harceleurs s'est divisé et eux-mêmes étaient en guerre de haine virtuelle. Les articles du blog ont été effacés et la plateforme est restée inactive.

Pendant encore 2 ans, même après mon déménagement, le harcèlement a continué sur les réseaux. On m'écrivait sous mes photos en anonyme pour critiquer mon physique, tout ce qui est par rapport à mon appareil dentaire, mes dents du bonheur, ma couleur de peau, mes yeux en amande et les origines de ma famille. Je me sentais salie et j'ai renié mes origines et mon métissage. Pendant des années, j'ai fermé les yeux. Et un jour, il n'y a pas longtemps même, j'ai vu des vidéos où des filles témoignaient. Elles racontaient leur harcèlement sur Internet. Et effectivement, les victimes peuvent porter plainte et les bourreaux sont condamnés ou presque. Mais encore une fois, on se dit que c'est de notre faute, qu'on ne va pas être pris au sérieux car ce ne sont que des pixels idiots et que ce n'est pas la vraie vie. Comme le racisme banalisé envers les asiatiques. Les gens trouvent ça hyper rigolo de cataloguer et de vanner les gens d'ethnies différentes mais si on faisait la même, on nous trouverait irrespectueux. Voyez le problème. Mais pour revenir au début de l'histoire, ok, c'est toi qui as commencé à charrier, mais tu t'es excusé, tu t'es remis en question et voilà, ça arrive. Mais le niveau de non-indulgence d'une personne peut se transformer en haine et en méchanceté gratuite. Certaines victimes n'ont pas la chance d'avoir une force intérieure et sont détruites ou ont connu un scénario bien pire, je vous laisse l'imaginer. 



Derrière l'écran, il y a des vraies personnes en chair et en os qui lisent, qui pleurent, qui ressentent des émotions. Il y a des conséquences plus ou moins graves. Ce n'est pas un jeu et je tiens à le rappeler pour la jeune génération. On joue avec des vies et là, ce n'est plus de la fiction, c'est un mauvais épisode de Black Mirror. Mais ne vous détestez pas. On vous attaque sur votre physique car je pense que c'est la chose la plus facile à faire mais ces personnes là, sont les plus malheureuses du monde. Vous valez mieux que ça. Plus qu'une critique sur votre physique. Plus vous êtes du genre "je m'en foutisme", plus vous allez éloignez ces haters car ils ne verront plus aucun intérêt à vous clasher. Gardez le cap et protégez vos amis de tout ça. Vous êtes plus que de simples pixels !







Photographies par Damien Top
Retouches colorimétriques par Anha S.L.






Robe plissée vintage achetée chez Freepstar
Noeud  : H&M
Rubans : Lucky Team
Polaroïd pastel : Fujifilm Instax Mini  8
Licorne peluche offerte mais tu peux la retrouver dans Moi, Moche et Méchant




3 commentaires

  1. I think that the concept that it's only words made sense when it as only face to face and you could switch off from it at home but in the social media age we live in cyberbullying is like constant harassment and it's absolutely awful. I feel so sorry for anyone who has to endure that x

    Sophie
    www.glowsteady.co.uk

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  2. Coucou
    Le cyber harcèlement est un sujet tellement vaste ! Chacun le vit différemment mais c'est loin d'être simple !
    Des bisous
    Audrey
    https://pausecafeavecaudrey.fr

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