Anha

With pretty stories for which there's little good evidence Sea of Tranquility tendrils of gossamer clouds decipherment courage of our questions.

@eikomania.me

Être réalisatrice : Mon expérience derrière la caméra.


Can we explore during the whole life ? 


Qui n'a jamais rêvé de faire un jour du cinéma ? D'être enfin acteur ou actrice de sa propre vie et écrire un scénario que l'on contrôle dans les moindres détails. Quand on passe du rêve à la réalité, c'est parfois fracassant. On ne s'imagine pas à quel point ce métier est prenant, difficile psychologiquement, physiquement, sans parler de la précarité qui nous guette tous les jours de l'année. J'avais envie de vous faire partager mon expérience de ce métier qui est passionnant mais destructeur.




Faire des études ou Être autodidacte ? 

Voilà une question intéressante qui mérite une énorme réflexion avant de se lancer dans le grand bain et d'arriver interloqué.e avec tes multiples valises dans la Grande Ville où la Dame de fer réside. Pour ma part, je devais absolument faire des études de cinéma pour mettre un pied à l'étrier et partir de ma petite Province du centre de la France. Parce que la continuité logique post-bac, c'est de faire des études et ce, pendant 3 à 5 ans. Alors, j'ai vraiment ramé pour convaincre mes parents d'y aller car pour eux ce n'était absolument pas réaliste qu'une enfant de 16 ans tout pile parte dans cette ville dangereuse. Je ne les ai pas écouté et je suis quand même partie avec 400 euros en poche, l'aide de ma tante et en faisant un bras d'honneur à tous ceux qui n'ont jamais cru en moi.

En octobre, je suis rentrée dans une école privée située à La Plaine Saint Denis, pas loin de ma coloc. J'étais ultra heureuse de pouvoir commencer le nouveau chapitre de ma vie et de faire ce que j'appréciais le plus : raconter des histoires et mettre en scène des personnages. Mais la vie fait que l'on est obligé de faire des concessions comme, se priver de sortie parce qu'on n'a pas l'argent pour boire un jus d'ananas et chiller en terrasse mais également sacrifier sa vie sociale parce que tu veux mettre en scène tes propres films et qu'il faut de l'argent pour réaliser ses images en plus de pouvoir rembourser ton crédit et payer ton loyer. Personnellement, j'ai beaucoup appris dans ce laboratoire et j'ai pu réaliser une dizaine de courts-métrages, publicités, ce qui fabrique au fur et à mesure du temps, un portfolio qui vaut plus qu'un CV bas de gamme retapé sur Photoshop. Mais le piston et les fils/filles de sont Rois dans ces écoles. Toi, roturier, roturière, tu ne rivalises pas avec ces gens qui ont des pages Wikipédia et qui vivent avec le super 8 de papy tripoté par Alain Delon. Et généralement, nous ne sommes pas tous égaux pour tourner ou être sélectionné dans des projets de réalisation, nous sommes en constante compétition et ça, c'est moche.

Mais, il y a certaines personnes qui sont autodidactes et que j'admire énormément. Ne pas passer par la case "École" permet d'avoir plus de liberté et de se réapproprient certains codes cinématographiques. Je me suis intéressée à ces artistes car ils sont inspirants. Ils produisent selon leurs propres règles, leurs propres moyens et font les projets qu'ils ont envie de réaliser. Ils ne s'imposent pas de limite et n'ont pas ce formatage constant enseigné dans les écoles. Non, ils produisent des films via le biais des crowdfunding et c'est très bien comme ça. Le film Paris est une fête prouve que l'on peut faire un long-métrage avec une poignée de cacahuètes et que l'on peut emmener le projet hyper loin dans sa diffusion. Ce film là a été acheté par Netflix. Anais Volpé prouve aussi qu'être autodidacte est une véritable qualité aujourd'hui. Son premier film "HEIS" a été diffusé dans plusieurs salles de cinéma malgré son côté artisanal et son petit budget. Lucie Bellet, une créatrice de contenu sur Youtube a elle aussi un parcours honorable. Elle m'avait demandée de participer à son film documentaire "Le Bal Des Rédactrices" pour brosser le portrait des femmes dans le milieu du cinéma et parler de la sous représentation des cinéastes et rédactrices françaises. Mais ces artistes prouvent que tout est possible quand on y croit un minimum et quand on se donne les moyens. Aujourd'hui avec toute la technologie que l'on a, il n'y a plus de raisons valables pour ne pas essayer de faire un film à petit budget et en système D. Bien évidemment, il y a aussi d'autres facteurs qui nous permettent d'accélérer le processus afin d'atteindre nos rêves.



Les rencontres.


Les rencontres rythment nos vies et enclenchent des opportunités. Parfois certaines peuvent être bénéfiques et d'autres assez frustrantes. J'ai enchainé les soirées pour "réseauter" car je voulais absolument faire mon premier long-métrage. En 2017, je contacte sur les réseaux des producteurs de films un peu au hasard. On a des rendez-vous dans des cafés plus ou moins miteux de Paris mais je n'a jamais de call-back pour la suite de mes projets. On te fait souvent miroiter pas mal de choses en ne te donnant jamais de réponses concrètes et quand ils sont en mode silence radio, souvent la réponse est "non". Il y a pleins de désillusions dans ce métier qui, pourtant, nous envoie des paillettes à la gueule. Eh oui, c'est violent. J'ai essuyé pas mal de refus, envoyé énormément de mails et c'est comme si c'était des bouteilles à la mer. À 20 ans, je me suis dit qu'il fallait que je pense la production autrement. Sinon, je n'allais pas produire grand chose dans la vie en attendant le "Ok, ça marche" d'une production qui a lu au moins une ligne de scénario. En 2018, j'ai fait mon premier long-métrage indépendant avec la plupart de mes amis comédiens et techniciens qui avaient déjà travaillé avec moi sur mes courts-métrages et je l'ai fabriqué en 18 mois : 3 mois d'écriture et de réécriture, 4 mois de préparation, 15 jours de tournage et 8 mois de post-production avant de l'envoyer à la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs 2019. Une production m'avait rejoint en cours de route car elle avait suivi le tournage. Comme quoi, il faut que les infos tournent sur les réseaux pour pouvoir déclencher la sonnette d'alarme. En parallèle, j'avais été chroniqueuse pour Spectre Média lors du festival international du court-métrage à Clermont-Ferrand et j'avais eu l'occasion de rencontrer un attaché de presse vraiment sympa qui s'occupait de l'ACID (catégorie parallèle du festival de Cannes) et qui m'avait dit de l'envoyer dans cette section dédiée aux films indépendants, auto produits et réalisés avec un budget moindre. Malheureusement, je n'ai pas eu le temps de faire le DVD et de l'envoyer, mais c'est peut-être mieux comme ça. Cette expérience a été pesante et j'essaye de n'en tirer que du positif.

Les festivals de cinéma favorisent les rencontres et sont importants pour pouvoir se faire un réseau suffisamment solide. Dans ces cas-là, on n'est pas à l'abri de certaines bonnes surprises. J'ai arpenté les festivals tels que le TIFF à Toronto, Cinémania à Montréal ou encore CoLCoA à Los Angeles. N'oublie pas de donner ta carte visite et d'aller vers les gens. Je me suis engueulée avec certains comme j'ai partagé des verres de vin avec d'autres. Faire du cinéma sans les rencontres, c'est compliqué. Et je reviens à cet aspect d'autodidacte. Ce sont des jeunes pousses qui en veulent et qui ne lâchent rien. Ils veulent réaliser leurs rêves et rien ne les arrête. Généralement, nous n'apprenons pas à l'école de vendre un scénario, de développer un univers, d'avoir la possibilité de faire des rencontres et d'avoir des ateliers ou une sorte de marché du film spécial école pour pouvoir confronter nos idées à celles des professionnels. Et c'est bien dommage qu'à la sortie des écoles de cinéma plus ou moins prestigieuses selon leur histoire, que nous soyons confrontés au chômage, à la débauche et pour les plus téméraires, à défoncer les portes des bureaux de production.



Finalement, j'aurais voulu être astronaute.


Je crois que je n'ai jamais fait l'unanimité où que ce soit. Les gens autour de toi ne comprennent pas trop ce que tu fais et te jugent facilement. Ils ne prennent pas le temps de comprendre tous les mécanismes du cinéma ou ne s'intéressent qu'en superflu. Cela ne nous aide pas à prendre confiance en soi et à vouloir continuer cette expérience qui peut s'avérer pénible et désuète. Je me suis longtemps demandé si je devais me réorienter vers autre chose. Je veux dire quelque chose de lucratif tout en gardant cet aspect artistique. Malheureusement, je ne peux pas me dire que je vais arrêter d'un coup le cinéma. Être à la tête d'un projet de film est vraiment une fantastique expérience. Tu te rends compte que tu pars d'une idée et que finalement tu vas réunir des gens en chair et en os pour la réaliser. Je trouve ça incroyable mais parfois terriblement décevant. Je ne suis jamais contente du résultat et j'avais du mal à montrer mon travail. Aujourd'hui, avec ce projet de webzine, j'essaye de vaincre mes démons. Je me dis qu'au final, écrire et mélanger la photographie et les vidéos spontanées sont des activités que j'ai toujours plus ou moins pratiquées. Je rentre dans une nouvelle phase de ma vingtaine où je préfère rencontrer des gens, partager leur vécu et les immortaliser en les photographiant spontanément plutôt que de me réengager dans ce très long processus. De fait, je suis pour la production de films avec très peu de moyens comme à l'époque de la Nouvelle Vague. Je trouve que le système D fait ressortir la créativité des réalisateurs. Quand on veut faire un film, on va jusqu'au bout malgré les embuches ou l'ambiance pesante. On y va, un point, c'est tout !

Pour finir sur cette note positive, je dirais que je ne vais pas renoncer à mon métier premier car c'est devenu une petite extension de moi et le cinéma m'a permis de voyager au-delà des frontières, rencontrer mes meilleurs amis et m'aider à m'affirmer dans ce monde de brutes. Sans lui, je crois que je n'aurais pas pu faire toutes ces choses qui pour moi, étaient inaccessibles et impossibles. Il n'y a pas de trop grands rêves. Il suffit juste de s'en donner les moyens, d'y croire et d'avoir un micro facteur chance. En tant que jeune réalisatrice, tu dois t'imposer en tant que femme dans ce milieu et ne pas te laisser te broyer. Les égos et le profit sont maitres dans cette industrie et parfois, ça décourage cette génération qui en veut.

Si je n'avais pas fait ce parcours qui a été tellement semé d'embûches et qui parfois sombrait dans une violence sans nom, je n'aurais pas pu réaliser ces rêves enfouis et surtout j'aurais donné raison à tout le monde. Mais selon eux, je suis passée à côté de mes capacités. Ils auraient préféré que je fasse une prépa HEC ou Sciences-Po, mais comme dirait mon père qui d'ailleurs commence à respecter mes décisions, j'ai choisi la voie la plus compliquée. Et je lui réponds, que j'ai choisi l'une des voies qui tend le plus vers la beauté de l'humanité. Sans parler, bien évidemment, de tous ces scandales qui se déroulent dans le milieu. J'ai toujours vu le verre à moitié plein et je me dis qu'au final, c'est un métier où l'on doit bien s'entourer, choisir les gens avec lesquels on partage ces moments de vie intenses et sur une courte durée. Si tu veux un jour te lancer, dans le cinéma, le digital, les médias, le journalisme ou autres métiers, je t'inciterai à y aller et à découvrir ton toi intérieur, car c'est en expérimentant et parfois en tombant que l'on se construit jour après jour.




Photographies réalisées par G. Malewski et J. Jarkoff

Commentaires

  1. Coucou
    Je te souhaite encore plein de jolis projets ! Et en effet, les films réalisés avec très peu de budget sont bien plus créatifs !
    Des bisous
    Audrey
    https://pausecafeavecaudrey.fr

    RépondreSupprimer

Publier un commentaire